Il lui disait :


— Manech, il te faudra épouser Kattalin du moulin. Elle est encore bien jeune, mais vos âges correspondent. Elle est déjà vaillante. Elle tiendra ton ménage. Elle sait déjà faire la soupe, soigner les bêtes. Elle est la plus intelligente du catéchisme de persévérance. Ses parents ne sont pas sans rien. Ils pourront lui donner en dot la prairie où passe la rivière…

Et cette rivière était celle qui, naguère, lorsqu’il était troublé par Yuana, versait à Manech, avec ses fraîches fleurs, une telle paix.

… Vous pourrez, avec le pacage, augmenter le bétail. Votre famille sera nombreuse. On te respectera. Tes père et mère sont dévoués à l’Église, autant que les parents de Kattalin. Tu seras conseiller municipal, peut-être. Tu continueras la maison.


Manech ne répondait pas.


Aux environs de la Saint-Jean-Baptiste, qui est le patron basque, une réunion de patronage fit se rendre à Bayonne Manech et l’abbé. Elle eut lieu dans la matinée. Après quoi, ils déjeunèrent tous deux chez une vieille femme, qui était originaire de leur village, et qui leur demanda s’ils avaient des nouvelles de Yuana. Ils ne lui répondirent point. Elle feignit beaucoup de mépris à son égard, voulant se justifier de l’avoir logée quelque temps, chose qu’ils ignoraient. Elle les assura que le congé qu’elle lui avait donné avait délivré sa maison de la présence du diable. Cette explication gêna Manech et l’abbé qui dépêchèrent leur mauvais repas. Un dégoût sans nom souleva le cœur de Manech lorsque cette loueuse clandestine leur montra, avec une feinte indignation, au moment qu’ils se retiraient, la chambre qu’avait occupée la fille. Le fantôme de celle-ci ne se dressa pas ardent, comme tant de fois, devant lui. Mais il se sentit atteint d’une façon plus terrible peut-être : le vide se fit dans son âme.

L’abbé comprit que Manech passait par un cruel moment. Alors, pour le distraire de ce choc, il l’entraîna vers un tramway qui les conduisit à la plage.