Son père n’y fit point obstacle, l’abbé non plus ; mais ce dernier lui dit :
— Manech, tu es mon frère. Absent, tu penseras au pays. Tu n’oublieras pas Bonloc, tu n’oublieras pas Sohano, ni Celhay, ni Hasquette. Tu n’oublieras pas les petits rebots où l’on joue le dimanche, au soir tombant, après qu’on a servi Dieu. Tu n’oublieras pas les cerises d’Ayherre. Tu n’oublieras pas les cascarots qui, au son d’un sifflet, dansent en déployant les drapeaux de nos provinces. Tu n’oublieras pas les vieux Harambure et Bordachoury. Tu n’oublieras pas les vieilles Gachoucha et Maïana. Tu n’oublieras pas l’honneur de Garralda. Manech, tu ne m’oublieras pas. Manech, tu n’oublieras pas Kattalin. Elle restera pour toi comme l’eau de la vallée.
Il disait à Manech cela sous les chênes de Garralda. Il fut un nom qu’il ne prononça pas. Mais, à quelques mètres d’eux, Yuana passait entre les arbres.
Manech, demeuré seul, erra un moment, puis revint vers la ferme de son père. A cette heure indécise où la lune se confond avec le soleil, la maison se dressait devant lui. Comme d’un vaste oiseau de mer, les grandes ailes du toit semblaient prendre l’essor. Elle eût voulu partir aussi. Elle se détachait. Et, avec elle, se détachait Manech.
— Va-t’en, mon enfant, disait la maison. Va-t’en à ma place, si je suis trop âgée pour te suivre. Et puis tu reviendras…