— Pardonne à la fille de péché ! Aie pitié de moi, Manech !


Il rentra. Dans sa chambre, il s’agenouilla priant et pleurant. Il partirait. Il irait loin, très loin, sur les chemins déjà parcourus par les Basques ; loin, plus loin encore, jusqu’à ce que l’oiseau blanc de Garralda ne le vît plus.


Il n’aurait pas besoin de se faire tatouer un cœur bleu sur la poitrine, comme avaient fait, au Japon, Erramoun, Sauveur et Célestin. Il avait un cœur, et, dans ce cœur, se dressait sa première croix.

VI

Manech contracta, en 1897, un engagement, de cinq ans dans la marine. Il prit part, en 1900, à l’action internationale dirigée contre les Boxers autour de Pékin. Il montait alors Le Jaguar, et il eut, au retour de cette campagne, l’occasion de revoir, à Changhaï, où le cuirassé fit escale, son oncle Jean-Baptiste le missionnaire.

Un de mes amis, consul dans ces parages, put faciliter cette rencontre à Manech que je lui avais recommandé. Le matelot comptait alors vingt-deux ans, et il y en avait douze que l’apôtre n’avait revu sa patrie et Garralda. Ils ne se fussent point reconnus. L’oncle très vieilli, épuisé par la fièvre, les crises hépatiques, les fatigues endurées sur les jonques. Son teint tirait sur le bambou jaune, sa barbe était blanche et rare. Le neveu était, au contraire, dans toute sa force. Et, de le revoir ainsi beau, libre, le regard sûr, le missionnaire sentait son cœur s’emplir de fierté :