Dans une des lettres qui précéda son départ de Valparaiso, il donnait à Kattalin des instructions détaillées. Il entendait que leur mariage fût célébré dès son retour. Il allait jusqu’à lui décrire le costume qu’il désirait qu’elle portât lorsqu’elle viendrait à sa rencontre à Bordeaux. Il en avait pris modèle aux élégantes du Chili. Il lui envoyait un chèque de trois mille francs, pour la façon de la robe et les frais du voyage. Elle et sa mère devraient descendre à l’hôtel des Basques où il les rejoindrait, après avoir fait diriger ses nombreux bagages de la Rochelle à Bayonne et, de là, dans une belle maison qu’il avait acquise à Hasparren, par procuration, l’année précédente. On passerait quelques jours à Bordeaux pour acheter le trousseau et le mobilier de leur ménage. Ce programme s’exécuta de tous points.


Ce fut avec une joie grave et sûre que se reconnurent les fiancés. Manech, avec cette réserve que garde toujours à l’extérieur le Basque, souleva son chapeau pour saluer Kattalin et lui tendit la main. Elle avait espéré un baiser. Mais, à déjeuner, il lui souriait plein de prévenance et lui faisait de ces compliments si jolis qu’ils portent au cœur. Elle était fière de l’entendre donner des ordres aux servantes sur un ton qui sait commander avec douceur. Il se montrait un peu difficile, tel qu’un monsieur qui a l’habitude des grands hôtels. Combien, pourtant, se sentait-il plus à l’aise dans cette auberge retrouvée qui sentait le pays natal ! Il s’exprimait plutôt en basque, mais il fit une observation en français parce qu’on avait négligé d’orner leur nappe d’un bouquet de fleurs comme il y en avait aux tables voisines. Au dessert il commandait une bouteille de Champagne qu’il déclara ne rien valoir en comparaison de celui qu’il buvait là-bas.

— Mais, dit-il à Kattalin, qu’est-ce, pour me griser, de la mousse du meilleur vin, si tu me donnes la mousse de tes cheveux ?


C’est ainsi qu’avec une faconde un peu espagnole, un Basque sait parler à celle qu’il aime, fût-il un Basque américain dont la fortune a été rapide. Jamais en lui ne fait défaut l’inspiration spontanée, à moins que son orgueil ne l’empêche.

Kattalin se faisait humble à son côté. Mais la fierté la soulevait devant les femmes qui dans la rue le dévisageaient. Il ne les regardait point. Il s’arrêtait volontiers dans le quartier maritime devant les cages des oiseliers. Il lui montra une perruche du Chili et, comme elle la trouvait ravissante, il la lui acheta sans même en débattre le prix. Elle protestait, de peur de se montrer indiscrète. Mais lui, tirant de sa poche son gros portefeuille, la rassurait.


— Souviens-toi que tu m’as dit que l’oiseau-bleu fait son nid au fond de la rivière. Celui-ci, qui est vert, le fera dans les feuilles du jardin où nous nous aimerons.