Ses larmes coulèrent lentement, largement, comme la pluie d’un orage qui se ralentit. C’est alors que cet homme robuste, retirant de dessus son cœur la médaille qu’avant son départ Kattalin lui avait suspendue au cou, la baisa. Et ce baiser n’était qu’une prière confuse qui demandait grâce à Dieu pour la pécheresse, et pour lui qui l’avait trop méprisée peut-être…


Et il souffrait en même temps de la joie même qui, malgré tout, débordait de tout son être au moment de son retour définitif ; il implorait pour qu’un peu de sa paix, de son bonheur à fonder un foyer avec Kattalin, de sa fortune, fût offert au Ciel pour Yuana qui s’était perdue.


Mais était-elle vivante ailleurs qu’au Royaume des morts ?


Il redescendit de sa chambre, et il mangea la soupe avec son père et ses frères. Comme jadis, les femmes les servaient. Et c’était toujours la même soupe avec des légumes fumants, dans les mêmes grosses assiettes, et les cuillers d’étain et les verres épais et le vin âpre et trouble. Et le silence régnait aussi solennel, rompu de temps en temps par un ordre bref du vieillard. On eût dit que la vie reprenait à bien des années en arrière, avec des vides et des ombres. Ce n’était que dans son regard que le père laissait percer l’émotion, la fierté de se retrouver en face d’un tel fils.


Lorsqu’on eut servi le café, seul luxe de ce repas, Manech parla.