Il dit son amour pour ceux de Garralda, son labeur au Chili, le désir qu’il avait toujours eu de revenir au pays, sa large aisance, le luxe américain. Il s’exprimait avec une sûreté qu’il ne possédait point jadis, mais qui en imposait. Et le vieux levait la tête, puis l’abaissait en signe d’approbation. Au moindre bruit qui eût pu troubler les paroles de son fils, il faisait de la main un geste qui commandait le silence. Debout, le poing et le torchon au flanc, les femmes l’écoutaient.
Manech allait se marier. Il doterait chacun de ses frères, chacune de ses sœurs d’une somme de dix mille francs. Il lèverait quelques récentes hypothèques prises sur Garralda. Il ferait une rente au père. Un autre fils que lui serait un jour le chef de la maison, le maître du grand oiseau blanc.
Humbles et reconnaissants, ils ne savaient que lui répondre. Ils avaient foi en lui.
Le mariage de Manech et de Kattalin fut béni par monsieur le curé de Méharin dont le calice neuf brilla comme un bouquet de renoncules. La noce se rendit à pied, à travers bois, du moulin à l’église et de l’église au moulin. Manech aurait pu donner à l’hôtel du village voisin le riche repas qu’il servit à ses invités, mais il jugea plus à son goût de se conformer aux usages et de laisser aux réjouissances le décor qu’elles revêtent en de plus humbles conditions. La grange des meuniers s’orna de fleurs dès l’aube. Et ce fut au son d’une chirula que sortit le cortège. Les paysannes étaient mirobolantes, pareilles aux verveines, aux campanules, et aux sauges de leurs parterres. Mais Kattalin portait la plus somptueuse robe, faite à Bayonne, et qui eût rendu jaloux tout le Nouveau-Monde.
Lui, avait passé l’habit noir qu’il avait fait couper à Santiago. Il était en pleine beauté, en pleine force. Il respirait le contentement de la grande fortune acquise. Mais ni son chapeau trop brillant, ni ses bijoux, ni le soin méticuleux apporté à sa coiffure et à sa moustache n’auraient su le ridiculiser. Manech demeurait Manech ainsi. Il n’était pas un parvenu, mais un arrivé. Il était comme Ulysse qui a parcouru les mers et regagné son pays avec une armure étincelante, de la pourpre et un butin. Sa poignée de main aux vieux Basques anguleux était aussi ferme, aussi simple, que s’il ne les eût jamais quittés.
Garralda avait revêtu ses plumes les plus blanches.
Au retour de l’église, on fit halte dans plusieurs auberges. On y servait, sur de longues tables, du vin blanc et des biscuits. Un grand Basque, mélancolique et tanné, tirait de sa clarinette une mélodie qui faisait danser plusieurs couples. La rumeur des commères et des enfants berça le moulin endormi. Aux mets recherchés, venus de Bayonne, s’ajoutaient les truites de la Joyeuse, les poules de Garralda, les boudins de brebis et, au bordeaux et au Champagne, les vins de Méridionale et d’Irouléguy.