Le souvenir de son double succès lui fit trouver plus douce la tâche de la maison. Elle s’accomplissait sous la loi du père qui aimait les siens tout en les tenant sous le joug.
Manech n’avait plus songé à Yuana, lorsqu’il la retrouva, le samedi suivant, non loin de l’endroit où, avec une amoureuse malice, elle lui avait parlé de la défaite qu’il s’était vu infliger par Arnaud. Il allait passer. Mais, à nouveau, elle le retint et, ne dissimulant plus une passion gracieuse, elle lui dit :
— Tu les as tous battus. Quand me battras-tu, moi ?
Et elle lui jeta à deux mains un baiser.
Il en éprouva un choc, non pas de déplaisir. Ce geste n’était-il pas un hommage rendu à son adresse de jeune joueur de pelote, une preuve qu’elle avait eu connaissance de l’éclatante revanche qu’il avait prise ?
Il fut troublé cependant par tant d’audace et s’éloigna sans mot dire.
— Elle a fait un péché, pensa-t-il.