Je me garderais de l'insinuer au sens naturiste du mot, encore que la grande Thérèse, dans le désert sans images où elle étend ses ailes d'aigle, puisse prétendre à ce titre dans le sens le plus élevé. Mais: ni un Saint-Thomas d'Aquin, ni un Vincent de Paul, ni une Sainte-Thérèse, n'entrent dans les vues de mon sujet, quelle que soit la sublimité de leurs rôles.

Je conclus donc à ce qu'un mystique religieux, un vrai mystique, n'est pas nécessairement un poète.

Mais la réciproque n'est point exacte, et j'affirmerai hardiment que, dans tout vrai poète, dans tout poète exprimant une pensée et un sentiments purs, il y a un mystique.

Et même s'il n'est mystique, et donc pur, que dans une partie de son œuvre, que conclure sinon que cette partie demeure acquise à la contemplation, dût-on procéder par ailleurs à ce départagement du bon et du mauvais esprit qu'impose parfois l'examen du saint le plus authentique?

Quelle part faut-il faire à l'imagination dans l'œuvre, édifiante pourtant, d'une Catherine Emmerich—à l'inspiration démoniaque dans la vie d'une Marie de Jésus crucifié?

Ici toute latitude est laissée, tout jugement, à l'autorité de l'Eglise.

Mais avec le poète nous en venons à des régions plus modérées qui n'engagent point à de ces solutions capitales. C'est pourquoi nous apprécions ses œuvres selon leur valeur relative, sans nous prononcer en dernier ressort, sachant qu'une légère différence, en plus ou en moins, ne tire pas toujours à grave conséquence.

Il est utile cependant que, dans ce modeste domaine de la poésie toute simple, une classification s'impose:

Du poète que l'esprit du mal domine;

Du poète qui, dans son expression, encore qu'il ne tende pas directement à la louange de Dieu, glorifie, du moins, son œuvre, sa création;