— Ecoutez-moi bien. Je ne vous demande, pour une première entrevue avec les grottes d'Isturitz, et jusqu'à ce que vous nous ayez obtenu de M. Passerose la permission d'y pénétrer, que d'aller vous y lire, à l'entrée, le duo d'amour de la légende, et, seulement dans le cas où vous le jugeriez digue de votre reconnaissance, vous vous emploieriez à nous obtenir la permission que nous désirons tant.

— Eh bien! soit, prononçai-je.


Mais j'éprouvai quelque honte de cette lâcheté où venait de m'induire moins sans doute l'amour de la poésie que ma vive curiosité pour le roman en action que me tramaient ces Juifs, sous prétexte de Robinsons basques.

Une journée sans nuages enveloppant de sa netteté la trouble et bleuâtre colline d'Isturitz nous réunit tous trois à l'entrée de ses grottes. Nous avions laissé, à quelque distance, dans une auberge, voiture et cocher.

Nous retirâmes de nos paniers une langouste, une galantine et un pâté de foie qui me donnèrent à réfléchir sur les animaux que proscrit la loi mosaïque. Quant aux vins, ils lançaient, entre les doigts de Jacob Meyer, des éclairs de rubis et de topaze. Horace et ses convives ne se fussent pas mieux traités dans la villa de Castétis.

Lorsque la douce langueur, qui suit sur l'herbe ombreuse le repas de midi, m'eut quelque peu enveloppé, Eliézer retira de sa musette le précieux texte, ou sa traduction, ou son adaptation, comme il vous plaira.

Et il lut :

— Voici le duo nuptial que chantèrent, pour la première fois, dans la région d'Isturitz où leurs antiques parents, Iguskia et Ithargia, les ont précédés dans la jeunesse et dans l'amour, Tiruztaya, homme du foyer de Zoardia, et Lôréa, fille de la tribu d'Aritza.

TIRUZTAYA