Au pied d'un puy, sous un chêne, se tient Charles. Sa barbe ne cesse de ruisseler dans le vent, telle une oriflamme. Il hoche le chef. Et lui, qui a essuyé tant de chocs, remporté mille victoires sanglantes, et qui en verra bien d'autres puisque demain il va marcher contre Marsile, lui, dont les larmes semblaient à jamais taries, il pleure. Ses larmes sont comme une rosée, car l'amour de la jeunesse porte au cœur du vieillard qui se souvient de la sienne.

Alba, apercevant soudain l'Empereur qui tient les marches, lui sourit. Et ce sourire, tel qu'un rayon qui tombe d'entre les nuages, éclaire toute la vallée qu'il émaille.

Qu'ils sont beaux, ces bois des Aldudes, lorsqu'Alba illumine leurs cimes!

Elle pose son pied sur un caillou tremblant, au-dessus d'une source, et fait signe qu'elle en veut goûter de l'eau.

Toute l'armée se le redit.

Roland emplit son cor d'ivoire et, comme d'un lys qui se déverserait dans une rose, il en appuie le bord incliné sur la lèvre de son amie.

Elle ne sait pas que, bientôt, c'est le même olifant qui recevra la pourpre rosée, échappée des veines rompues du comte.

Et le sourire d'Alba se mêle à l'eau qu'elle boit

Charles dit à ses barons : — Maintenant, je ne connais que la peine que me causent les maudits Sarrazins, et je ne me repose que sur ma selle dure ; quand j'étais jeune, j'ai dormi dans un pareil val, ayant pour oreiller la chevelure de la souveraine.

Mais que ces deux-ci m'émeuvent en me rappelant à moi-même!