Que je n'omette pas de dire que, pour me conformer à l'esprit du pays, j'avais exclu les femmes, sinon cinq, pour cuisiner et nous servir avec la meilleure grâce du monde. Le cordon bleu avait nom Magnana et ses satellites Maïana, Yuana, Graciousa, Beronikéa.
Deux seulement des membres conviés aux Etats-généraux par leur président s'excusèrent.
Les vingt-deux autres, je les vis arriver un peu après midi, dans mon domaine de Khourutçaidia, la plupart en de petits tape-cul les plus inconfortables du monde, et que traînaient des haridelles.
Mais un mélange de bonhomie et d'orgueil national se lisait sur leurs faces.
Plusieurs étaient vêtus ainsi qu'à l'habitude le noble ou le bourgeois basque, avec beaucoup de soin et de propreté, de jaquettes et chaussés de souliers à guêtres.
Quelques vieillards, à barbe aussi blanche que la laine des brebis après l'averse, montraient des joues d'églantine et des yeux bleus, d'un bleu de bourrache.
Certains coiffaient des pailles de Panama, d'autres des canotiers ou de larges chapeaux melons.
Les grands paysans portaient veston et béret, comme les deux pilotaris et le danseur, mais ceux-ci arboraient des bottines jaunes.
Quant aux prêtres, il y en avait deux, l'un curé d'une paroisse infime, mais généreuse envers lui d'agneaux et de haricots, l'autre missionnaire diocésain, âgés mais pleins de vie, de physionomie en relief, autoritaires, brusques et sympathiques. On sentait que, de leurs mains armées de gourdins, ils auraient assommé un taureau du premier coup et que, de leurs énormes pieds enfouis dans des chaloupes de cuir ferrées, ils eussent écrasé des lièvres. Quel contraste entre leur solide et fruste architecture et l'ossature de ces deux mauviettes qui descendirent de leur calèche de louage, les Meyer!
Je présentai ces monteurs de légende, en estropiant légèrement leur nom, ce que me facilitait la langue basque, « Meyera », comme étant des ingénieurs de Bayonne.