Les dialogues varièrent :

— Il faudrait, déclara Mendigaray, le grand mangeur, maire d'Amorots, qui était vraiment imposant de calme et de dignité, que l'on nous laissât vivre en paix dans notre province. Pourquoi les Français veulent-ils nous obliger à leur payer l'impôt?

— Comment, insinua Jacob Meyer, l'Etat pourrait-il subvenir à ses lourdes charges si le contribuable se récuse et ne remplit pas son devoir de citoyen?

Avec le même flegme, et le même œil bleu, si je peux dire, Mendigaray repartit :

— Je m'en fous, et vous aussi vous vous en foutez.

— Moi, dit Etcheto, voici comme je raisonne : ma sœur fabrique de l'eau de noix avec un sirop et de l'eau-de-vie. Si j'achète celle-ci chez un épicier ou chez le pharmacien, je la paie cinq fois plus que si je me la procure chez un contrebandier.

— Vous portez atteinte à l'Etat, appuya sévèrement Eliézer qui soutenait son oncle.

— Qu'est-ce que l'Etat? demanda Etcheto.

L'énorme curé d'Aïciritz, qui avait du bon sens, et parfois de l'esprit, répliqua :

— L'Etat, c'est d'une autre eau-de-vie.