— Où les as-tu tués? demanda au vieux braconnier le comte de Macaye, dont une rose ornait la boutonnière et qui buvait à plein bord les vins d'Irouléguy, de Bordeaux et de Bourgogne.

— Deux à Luxe-Sumberraute, monsieur le comte, le troisième, à Sala.

— Et tu n'as plus pris de lieutenant de gendarmerie au piège?

— Il en fut quitte pour une mâchure à la jambe, et attendit honteusement jusqu'à ce qu'on l'en retirât. Un Basque n'agit pas ainsi! Il était étranger.

Je me penchai vers Eliézer et lui expliquai :

— Bordachoury fait allusion à un braconnier de Mendionde qui, pris à un horrible traquenard, n'hésita point à achever de s'arracher le pied avec son couteau, pour s'enfuir.

A ce moment, sans doute parce que ce trait, d'un caractère un peu trop basque, lui porta au cœur, Eliézer s'évanouit sur sa chaise.

Les prêtres qui venaient de se servir chacun une montagne de civet, agrémenté de persil cru, dont l'un avait à sa bouche une branche bougeante, n'eurent pas l'air de penser que leur commensal en fût à l'article de la mort. Ils n'en perdirent pas une bouchée. Le père Bidondoa Ihidoïpé s'écria :

— Gaïchua!

Le bon apôtre ne plaignait, par ce mot intraduisible, que la délicatesse d'estomac d'Eliézer. Il ne concevait point, étant natif de Larceveau, que les brutales et sanglantes conversations qui assaisonnaient ce repas pussent le moins du monde réagir sur un organisme délicat.