Jacob Meyer, fort ému, s'était levé pour étendre son neveu, lui frictionner la poitrine, lui cingler la paume des mains.
— Avez-vous de l'éther? me demanda-t-il.
Je n'en avais pas.
Le contrebandier Etchégaray dit :
— J'ai apporté dans mon chahakoa un échantillon d'un tord-boyau espagnol qui réveillerait un mort. Il n'y a qu'à desserrer les dents de ce monsieur avec sa fourchette, et à lui faire avaler une gorgée en pressant le cuir de l'outre. Elle pisse très bien.
Je compris qu'un propos et un remède aussi grossiers révoltaient Jacob Meyer.
— Je ne peux admettre, déclara-t-il, ces mœurs de Papou!
Bien heureusement fus-je seul, pas même les prêtres exceptés, à entendre ce dernier mot. Je m'opposai de mon côté à ce que fût utilisée la vertu de l'eau de feu, bien qu'Etchégaray ne comprît pas cette répugnance.
Eliézer déjà revenait à lui lorsqu'on nous servit le filet de vache et la salade. Il insista, car il avait de l'énergie, pour se rasseoir à table où je lui fis servir une infusion brûlante qui le ragaillardit tout à fait.
Je regrettais beaucoup d'avoir embarqué l'oncle et le neveu dans une pareille galère, avec des passagers si frustes, qui, pour n'être pas moins, bien au contraire, de la race d'Ondicola, n'avaient rien conservé des raffinements en usage sur la caravelle enchantée : l'Eskualdunak.