Cette nuit, la tempête a pleuré sans discontinuer, les rafales se succédaient comme se suivent les lames de la mer. On entendait les bouffées de vent pluvieux s’écraser aux volets, des coups sourds, une souris.

Sans souci de ce désarroi de la nature, Bernadette, dans son berceau voilé, a sommeillé jusqu’au matin au calme de notre chambre. O divin mystère qui rapproche une créature du Créateur ! « Cependant Jésus, couché à la poupe, la tête sur un coussin, s’était endormi. »

O ma Bernadou ! Petite disciple ! Tu sais que tu es dans la main du Tout-Puissant et que, malgré cette furie de l’air et de l’eau, il ne peut t’arriver rien que le Ciel ne veuille. C’est pourquoi tu ne doutes pas que ton pauvre nid qu’un coup de vent suffirait à balayer ne continue à t’être un sûr abri. Toi seule, ô innocente ! si la crue venait lécher le seuil de la maison, ne t’inquiéterais pas. Car, mieux que nous ne le voyons de nos yeux grands-ouverts, tu vois, ô mon enfant ! à travers tes paupières closes, à l’avant de ton berceau, Dieu dormir.

ANGOISSE DE MÈRE

Qu’a-t-elle ? Qu’a-t-elle ? Qu’a-t-elle ? Mais qu’a-t-elle ? Mais qu’a-t-elle ? Et voici que, penchée sur Bernadette qui pleure, pleure sa mère. Il suffit que le motif des sanglots de notre enfant nous soit caché pour que l’ombre noie nos cœurs. Je crois néanmoins que la cause est peu grave de ces larmes — quelque dent qui perce ?

Mais la mère est émue au plus haut point, et toute la passion et toute l’angoisse qui font se coucher une brebis devant son agnelle qu’on veut lui ravir sont renfermées dans ces mots :

— Je ne veux pas descendre pour dîner ! Je veux manger ma soupe auprès de ma petite.

O tristesse de la vie matérielle, quand l’âme est dans l’angoisse ! Soyez loué, mon Dieu, de ce que les pleurs cessent de part et d’autre. Ainsi la rivière se ride sous l’ondée et se déride au beau temps comme le visage de la mère en face d’une larme ou d’un sourire.

CHOSES QUI PARLENT

Le cliquetis des aiguilles à tricoter, le froissement de la page que l’on tourne, le tic-tac de la pendule, le grincement de ma plume composaient et composent mes soirs de fin d’Automne. Mais, à la venue de Bernadette, les objets familiers ont prononcé de nouvelles paroles : les aiguilles discutent la mesure des petits chaussons, et la page du livre chuchote à la mère que l’heure de l’allaitement s’avance sur le cadran qui rabâche. Cette plume qui versa tant de larmes s’arrête un instant comme une noire voyageuse après un long parcours. Elle se souvient d’une halte plus douloureuse, quand le destin semblait aveugle et la route incertaine.