… Pas la richesse ? Ah ! Que dis-je ? Il y a un trésor dans la petite voiture.

NEIGE

La neige interrompt soudain le renouveau des pépiements, des roulades et des sifflets et, tandis qu’hier encore les fins duvets des blés naissants recouvraient la terre çà et là, pareils aux cheveux de Bernadette, aujourd’hui le vieil Hiver a fait tondre sa barbe. Il n’y a plus d’autre évocation de Printemps que des fumées qui se balancent au-dessus des chaumines et forment des touffes lilas fleuries aux soleils des petits feux ménagers. O bosquet de la halte des pauvres en hiver !

J’ai hissé Bernadette sur mon bras, de telle façon qu’elle pût apercevoir les toits qui semblent basculés et les terreaux que l’on dirait picorés et les feuilles qui ont du coton dans les oreilles. Elle a contemplé tout cela avec une curiosité qui figeait son sourire. Que la nature est donc belle, mon Dieu ! Elle change encore de robe, mais cette fois c’est une robe comme la tienne, ô Bernadette ! la robe d’une nouvelle-née, robe où mûrit le grain de blé ou le cœur de l’homme. Regarde face à face cette grande sœur, la Terre qui, demain, après son sommeil, se remettra à gazouiller. Elle te garde son cœur, ce grain de blé, afin qu’un jour Dieu puisse entrer sous ton toit, de nouveau recouvert par un voile de neige, le voile de ta première communion.

LA PREMIÈRE DENT

La rose ouvre la bouche pour prier Dieu en silence, et cette oraison amène une larme jusqu’aux lèvres des pétales. Ta bouche s’ouvre aussi, ô Bernadette ! pour louer le Seigneur. Et ta première dent vient à poindre comme la goutte de rosée sur la corolle. Il fallait bien que tu obtinsses quelque faveur de la Trinité, puisque depuis six mois tu lui souriais de ce sourire si bon ! L’Éternel te convie ainsi au banquet où ce grêlon percera la cerise de feu, le raisin vert d’eau, la prune d’air bleu et la pomme grise comme la terre.

O mon enfant ! Ta mère qui l’a arrosé de son lait a poussé des cris de joie quand ce germe a pointé. Mais moi je m’attriste un peu… O Bernadou ! Pourquoi cette petite dent ? Le lait de ta maman n’est-il donc pas si doux qu’à jamais il ne te suffise ?

PORTRAIT A SIX MOIS

L’âne de caoutchouc siffle comme un nid, le hochet tombe, la poupée est repoussée. On redonne à Bernadette le hochet qu’elle mord et qui retombe aussi et, quand on le lui remet, c’est l’âne qui va rejoindre le hochet. Et ainsi de suite, et l’aïeule sans se lasser ramasse les jouets tandis qu’un bourdonnement et de petites bulles sortent des lèvres de Bernadette dont je contemple la face. Cette face ressemble à la pleine lune à qui les simples prêtent des yeux, un nez et une bouche faits avec des ronds. Mon enfant me sourit soudain, et cette impression s’accuse davantage d’une lune naïve que des nuages qui glissent recouvrent et découvrent tour à tour. Le sourire, c’est l’éclaircie.

PRIÈRES DU MATIN ET DU SOIR