PREMIER PRINTEMPS

Tu es entrée depuis cinq jours dans ton premier printemps. Quand j’étais adolescent j’aimais de toute mon âme cette époque où mes rêveries fleurissaient avec la rose rustique, l’aubépine et l’anémone-sylvie. Je vibrais comme une ruche et me nourrissais d’avenir. Il y avait un banc dans un bosquet… Et les jeunes filles que j’avais suivies tiraient derrière elles les lourdes portes qui se refermaient sur leurs yeux flattés, interrogateurs et liquides. Les pluies fines dans la poussière sentaient bon… O mon cœur ! qui fus longuement balancé, tel que dans la haie le rameau que l’on touche en courant, que faisais-tu de ces trésors vivants cachés en toi comme des dormeuses dans leur demeure ?

Mon cœur répond : ce que j’ai fait de ces impressions de printemps, je les ai mûries en secret pour qu’elles prissent une forme. Des teintes de la rose rustique, de l’aubépine et de l’anémone-sylvie, du chant des oiseaux des bois, de la naissance mystérieuse de l’amour, des légères larmes de l’averse sur la terre et du balancement des branches j’ai pétri Bernadette.

LES RAMEAUX

Ta mère regrette que tu ne puisses déjà soutenir une branche de laurier bénit d’où pendent des œufs de sucre, des gâteaux, des noix dorées. Tu n’élèves vers le Seigneur que tes mains nues, séparées des poignets ronds par un pli fin comme un fil de soie auquel rien n’est attaché.

JEUDI ET VENDREDI SAINTS

Ton ami l’Enfant Jésus a gagné à la sueur de son front, dans l’atelier de son père, un morceau de pain qu’il te garde pour quand tu auras faim.

Et il a dit :

« Mon père, si vous voulez, avec le reste de ce bois faisons un berceau encore ? » Il a tant fabriqué de berceaux, le pauvre Enfant Jésus, qu’il n’est plus resté pour lui que deux poutres où il s’est étendu… Tant de berceaux dans l’échoppe du Charpentier ont été fabriqués ! Et le tien, Bernadette !

Ah ! Les gens qui dans l’étroit atelier de ce père et de ce Fils s’asseyaient parfois pour leur dire bonsoir ne savaient guère que là, chez Joseph, tous les berceaux du monde à venir devaient être faits.