Un jour il semblait que le bois fît défaut, qu’il n’en restât plus que juste ce qu’il fallait pour la Croix de N.-S. Et la Mère au cœur transpercé s’écria : « O mon Fils ! quelle place te restera-t-il pour mourir sur ce bois ? »

Mais l’Enfant Jésus sourit et il prit encore sur sa Croix.

Et, dans notre chambre se dressait ton berceau, ô ma Bernadette !

Que je marque ici, d’une façon particulière, tes premiers Jeudi et Vendredi Saints :

N’avais-je pas écrit au début de ce livre que ton ange gardien te protégerait, qu’il écarterait de toi le cheval emporté ? Or Jeudi, quand vous alliez être écrasés toi et ta petite voiture par un attelage emballé et sans conducteur, les chevaux ont dévié tout à coup d’eux-mêmes en te frôlant.

Et, le lendemain, Notre-Seigneur est mort à ta place.

PAQUES

Pâques ; l’œuf de la poule blanche luit dans la mousse et l’ajonc fleuri a chanté. Cocorico ! Cocorico ! Ma Bernadette, les fidèles ont communié. La calme splendeur de Dieu baigne les collines, le soleil brun des frelons ronfle dans le jardin verni, le chant du rossignol dans la matinée est plein d’encens, la terre s’entr’ouvre, la mort est morte, tu vivras à jamais, ô Bernadette ! car en toi, autour de toi, à l’infini, le Ciel s’étend. Le Seigneur est si humble que Madeleine le prit pour un jardinier. En ce jour il t’appelle peut-être sa petite sœur, parce que le grelot de ton hochet sonne comme la clarine d’une agnelle pascale. Alleluia. Alleluia.

NUIT SOUFFRANTE

Dans la triste nuit tu tousses et nous nous levons pour te soigner. La flamme rousse et bleue de l’alcool fleurit sous la casserole grésillante, et les perles fines de l’air se détachent du métal, montent crever à la surface de l’eau, y sont remplacées par d’autres, de plus en plus rapidement, jusqu’à l’ébullition complète.