Mais allant front à front du vent
Vint par rencontr' en la montaigne
Qui bien haut son chef va levant,
Et en mer ses racines baigne:
Mais si loingtain estoit cela
Que Navire onq n'aborda là,
Fust la Caranelle d'Espaigne.
Tout ce que plus à l'homme nuict
Prend vigueur souz la froyde nuict
De ce mont, ou des nuictz la pire
Pour ne recepvoir le clair jour
Les rideaux de son long sejour
(Tant soit peu) jamais ne retire.
Des crys qu'on y oyt, vient horreur,
De l'horreur poeur, de poeur la fuyte,
Mais mon ame fit grand' poursuite
De scavoir d'ou venoit l'erreur
Parquoy trenchant l'aer obscursi,
D'un vol contrainct est arrivée
A l'huis de mort: la mort aussi
En ce lieu tousjours est trouvée,
Et subgectz au pouvoir qu'elle ha,
Faut que trestous passent par là
Quand la chair de vie est privée.
L'huis est grand, et grand faut qu'il soit
Causant les tourbes qu'il recoit
De ceux qui la vie abandonnent.
Là est le grand nombre arresté
De tous les maux qui ont esté,
(Ceux j'entendz qui la mort nous donnent.
Là se combattent les humeurs,
La fievre aussi sans cesse y tremble,
Et du venin qu'illeq' s'assemble,
Se font prestiferes tumeurs:
Les trois soeurs, en pareil y sont
Par qui l'am' est du corps ravie,
Ou de leurs cizeaux rouillez font
Les coups qui abbregent la vie:
Quand l'une la veut allonger
L'autre s'efforce à l'abbreger,
Esmeues de contraire envie.
Celle des petis et des Roys
Est torse par l'une des trois:
L'autre charpit, et l'inhumaine
Couppe de son mortel cizeau
Le filet ou pend le fuseau
Ou se plie la vie humaine,
Dont pareil nombr' on trouve là
Que de vivans, sans la grand' trouppe
Que de jour en jour elle couppe
Mais compte ne faict de cela.
Ceux qui sont de maux entachez,
Leur filace est de noudz garnie,
Et les vices y attachez
La rendent grosse, et mal unie.
On congnoit au contraire aussi
Ceux là qui ont leur vie icy
De vertu riche et bien munie.