Mais la porte s'ouvre brusquement, une fraîche voix d'enfant crie: «Bonjour, mère!» Mme Bernard tressaille. C'est son fils qui revient du collège, et qui, ayant jeté ses livres sur la table, lui saute joyeusement au cou.
—Bonjour, mon enfant, dit le colonel, voulez-vous me donner une poignée de main?
Armand connaît à peine ce visiteur à l'air grave. Il est de nature un peu sauvage. Cependant, il touche la main qui lui est offerte, mais par obéissance polie, et dans ses grands yeux noirs passe un regard d'inquiétude, presque de soupçon. Mme Bernard a observé son fils. Elle voit combien cet homme et cet enfant sont étrangers l'un à l'autre, et, profondément remuée par l'admirable, par le tout puissant instinct maternel, elle rougit, elle sent à ses oreilles une chaleur de honte. A quoi pensait-elle donc tout à l'heure, grand Dieu?
Alors, se levant de son fauteuil, elle attire Armand tout près d'elle, pose avec un geste caressant, une de ses mains sur la tête de son fils, et, d'une voix calme, les yeux baissés, elle dit au colonel debout devant elle:
—Je vous dois une réponse, mon cher monsieur de Voris, et elle sera aussi loyale que votre demande. Je crois... oui, je crois que vous feriez mieux d'aller en Algérie.
Et ayant salué respectueusement, le colonel s'éloigne d'un pas ferme, comme un soldat à qui son chef a dit d'aller se faire tuer, et qui y va.
C'est décidé. La belle Mme Bernard des Vignes ne se remariera pas.