J’aurois rangé le Tachiro parmi les éperviers, si je ne lui avois trouvé le tarse plus court; et les aîles plus alongées et coupées différemment que celles de ces oiseaux. Les aîles en repos s’étendent au-delà de la moitié de la longueur de la queue, qui elle-même est à peu près aussi longue que le corps. La tête, ainsi que le cou, sont variés de blanc, de roux et tachés d’un brun-noir. La gorge est blanche, mêlée de roussâtre; le manteau est d’un brun sombre, ainsi que les couvertures des aîles, dont chaque plume est lisérée d’une teinte plus lavée. Toutes les pennes de l’aîle sont terminées de blanc. Le dessous de la queue est blanc et barré de larges bandes d’un noir lavé; en dessus elle est brune, et les bandes sont plus foncées. Tout le dessous du corps porte, sur un fond blanc nué de roussâtre, des taches brunes plus ou moins foncées; ces taches sont rondes ou semi-circulaires, et sur les jambes elles ont précisément la forme d’un cœur. Le bec est bleuâtre; les ongles sont noirs, et les pieds jaunes. L’iris est de la couleur d’une topase. Dans cette espèce, la femelle est aussi plus grosse que le mâle; son plumage est généralement plus mêlé d’une teinte roussâtre; le blanc est plus sali, et les taches moins bien dessinées.
Ces oiseaux bâtissent leurs nids dans l’enfourchure des plus grands arbres; ce sont de petites branches souples et de la mousse qui en forment l’extérieur; en dedans ils sont fournis de beaucoup de plumes. Je n’ai trouvé qu’un seul de ces nids, dans lequel il y avoit trois petits entièrement couverts d’un duvet roussâtre: voulant les laisser élever par le père et la mère pour les prendre quand ils seroient assez forts, je les leurs abandonnai. J’allois tous les trois ou quatre jours visiter ma nichée, à qui même j’apportois plusieurs oiseaux dont j’avois conservé la dépouille; je les posois sur le bord du nid, et les trouvois dévorés à la visite suivante; mais je crois que les vieux les mangeoient eux-mêmes; car je voyois, sur les branches et sur le nid même, une quantité prodigieuse d’aîles de mantes et de sauterelles; insectes qui, je crois, faisoient la principale nourriture des petits. J’entendois continuellement, pendant le jour, les vieux jeter des cris très-perçans, cri-cri—cri-cri-cri—cri-cri; en approchant des jeunes, ils venoient tous les deux jusque sur l’arbre où j’étois, et m’approchoient de si près, pour les défendre, que j’aurois pu facilement les tuer avec un bâton.
Ayant trop tardé de m’emparer de la couvée, un jour qu’à mon ordinaire j’allai la visiter, je ne trouvai plus que le nid: les vieux et les jeunes tout étoit disparu; je leur sus très-mauvais gré d’avoir été plus diligens que moi. A en juger par quelques débris des coquilles d’œufs que je vis encore dans le nid, ils étoient blancs et portoient quelques taches roussâtres.
Je n’ai jamais apperçu le Tachiro dans la plaine, et ne l’ai vu que dans les énormes bois qui bordent le Queur-boom et dans les forêts d’Auteniquoi.
LE MANGEUR DE SERPENS, No. 25.
Le défaut d’observations exactes, les rapports incertains des voyageurs, et bien plus encore l’inexpérience et le peu de connoissance des auteurs qui ont parlé de cet oiseau, sous les différentes dénominations de secrétaire, sagitaire ou messager, ont empêché, jusqu’à ce moment, les naturalistes de voir dans cette espèce un vrai oiseau de rapine, et non-seulement le destructeur des serpens, mais encore de tous les quadrupèdes ovipares; enfin, un oiseau de combat vorace et intrépide; en un mot, un véritable oiseau de proie, armé d’un bec épais et crochu, et dont le corps massif et robuste est de plus muni d’aîles meurtrières, qui lui servent à frapper et assommer sa proie, comme avec une massue, à défaut de serres aigues et fortes dont il ne feroit point usage.
Cet oiseau tient donc aux autres oiseaux de proie par la forme de son bec, par celle de son corps, et par ses mœurs sanguinaires et sauvages; mais il est modifié comme devoit l’être un oiseau de rapine fait pour combattre les serpens et s’en nourrir. Une course continuelle et utile émousse ses ongles, et lui interdit un vol qui ne lui est pas nécessaire, et dont il fait en effet peu d’usage. Le Mangeur de serpens est enfin, dans tout son ensemble, ce que devoit être un oiseau de proie terrestre, destiné, par la nature, à purger les déserts d’Afrique des reptiles les plus dangereux; afin, sans doute, d’y maintenir l’équilibre entre ces espèces redoutables et les autres animaux: équilibre si généralement nécessaire au grand ouvrage du Créateur, et sans lequel la terre ne seroit bientôt plus peuplée que d’êtres malfaisans. Triste exemple de ce qui se passe parmi les hommes, quand les méchans ont acquis par leur nombre, ou par la lâcheté des autres hommes, le droit de tout oser impunément.