Ceci correspond fort bien avec le type physique des Somâlis actuels, qui, dans leurs propres traditions, se disent apparentés à la population la plus antique du Yémen et du 'Hdhramaout. Il semble donc que, dans le tableau ethnographique de la Genèse, Pout ait un sens géographiquement aussi étendu que Kousch. Il désigne tout le vaste ensemble des populations de race éthiopico-berbère répandues au sud de l'Éthiopie kouschite et à l'ouest du bassin du Nil. Ces populations forment deux groupes principaux, séparés par l'interposition d'éléments nègres: d'abord les peuples du Pount des Égyptiens, c'est-à-dire les Somâlis et leurs congénères et voisins de la côte orientale d'Afrique, à cheval, comme les Kouschites leurs proches parents, sur les deux rives du golfe d'Aden; puis la grande famille des peuples libyens et berbères, occupant tout le nord du continent africain, depuis le voisinage de l'Égypte jusqu'à l'Océan Atlantique et même ayant occupé les îles Canaries dans cet océan. Les peuples de cette dernière

famille se donnent à eux-mêmes le nom générique d'Amazigs (les nobles), que l'antiquité nous offre déjà dans les appellations des Mazices et des Maxitains, que les Phéniciens, qui fondèrent Carthage, trouvèrent à leur arrivée et qui paraissent identiques aux Maxyes ou Libyens laboureurs, appelés Maschouasch dans les documents égyptiens. Entre ces deux groupes de populations, auxquelles s'applique en commun le nom biblique de Pout, la parenté ethnographique et linguistique est très grande. Mais le type primitif et 'hamitique de la famille paraît s'être mieux conservé qu'ailleurs chez les Somâlis et les autres peuples du même groupe. Les Berbères ou Amazigs ont reçu à une époque ancienne une forte infusion de sang de la race blanche pure, qui les a sensiblement modifiés. C'est le résultat de la grande invasion maritime des Ta'hennou ou Tama'hou aux cheveux blonds et aux yeux bleus [129], que les monuments égyptiens du temps de la xviiie et de la xixe dynastie nous montrent répandus dans la Libye, et rapportent à la même race que les Ha-nebou ou habitants du continent et des îles de la Grèce, ainsi que du midi de l'Italie.

1D'après les bas-reliefs égyptiens du temple de Deïr-el-Bahari, à Thèbes, élevé sous la minorité du roi Tahoutmès III.

Note 129:[ (retour) ] Voy. plus haut, p. 111, le type que les monuments égyptiens donnent à ces Ta'hennou ou Tama'hou.

Sous le nom de Kena'an sont compris les Phéniciens et toutes les tribus étroitement apparentées à eux, qui, avant l'établissement des Hébreux, habitaient le pays compris entre la

Méditerranée et le bassin de la mer Morte et du Jourdain, qui fut plus tard la Terre-Sainte. Le document biblique énumère de nombreux fils de Kena'an; il pousse ici la subdivision jusqu'à un degré très minutieux, à cause des rapports étroits entre l'histoire des Kenânéens et celle du peuple choisi de Dieu. Il compte donc comme issus de Kena'an:

Çidon, «son premier-né,» c'est-à-dire, comme nous l'avons déjà remarqué, la ville de Sidon (en phénicien Çidon), première métropole des Phéniciens; ce nom représente ici tout le peuple des Kenânéens maritimes ou Phéniciens, qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Çidonim ou Sidoniens.