Les 'Anamim, sont les 'Anou des monuments égyptiens, population qui apparaît aux âges historiques brisée en débris répandus un peu partout dans la vallée du Nil; elle a laissé son nom aux villes d'Héliopolis (en égyptien 'An), Tentyris ou Dendérah (appellée aussi quelquefois 'An) et Hermonthis ('An-res, la 'An du sud); deux de ses rameaux gardèrent pendant un certain temps après les autres une vie propre, l'un dans une portion de la péninsule du Sinaï, l'autre dans la Nubie; ce sont probablement les gens de ce dernier rameau, les 'Anou-Kens des inscriptions égyptiennes, que l'auteur du document ethnographique de la Genèse a eu en vue;
Les Naphtou'him sont les habitants du pays de Memphis, dont le nom sacerdotal indigène était Nu-Phta'h, «le domaine du dieu Phta'h.»
Les Pathrousim sont ceux de la Thébaïde, appelée en égyptien p-to-res «le pays méridional.»
Les Kastou'him sont plus embarrassants; ils ont donné lieu à beaucoup de conjectures, dénuées de fondement suffisant. Ce qui complique ici la question, c'est que ni les documents égyptiens, ni les documents assyro-babyloniens ne nous fournissent d'appellation analogue. Il faut cependant remarquer que les Septante ont eu ici sous les yeux un texte différent de notre texte hébraïque, et que ce texte substituait au nom de Kaslou'him celui de 'Hasmoniim, «les gens du pays du natron,» en égyptien 'hesmen. Ceci fournit une désignation certaine de la partie occidentale du Delta et du nome libyque des Grecs, synonyme de celle de Milou'h'hi ou Melou'h'hi, par laquelle les textes cunéiformes désignent la même contrée, comme «le pays du sel,» en copte mel'h [128]; et l'appellation de Maréa, placée dans la même contrée par les géographes classiques, doit dériver du même prototype égyptien. Cependant les peuples que la Genèse fait sortir des Kaslou'him rendent difficile de croire que ce nom désigne seulement la partie occidentale du Delta; il est plus probable que dans la pensée de l'auteur sacré il s'étendait à toute la partie maritime de l'Égypte, habitée par une population particulière et plus asiatique que celle du reste du pays, depuis la frontière de la Libye jusqu'à celle du pays des Philistins. On peut même conjecturer que ce nom doit être regardé comme embrassant en outre la couche la plus ancienne de la population du pays philistin, caractérisée comme Céphénienne dans les traditions que les Grecs recueillirent. En effet, le document biblique dit que des Kaslou'him sortirent les Pelischthim, c'est-à-dire les Philistins. Ceux-ci nous apparaissent dans l'histoire comme une population de la souche pélasgique, aux yeux bleus et aux cheveux blonds, établie dans le xive siècle avant notre ère sur la côte palestinienne. Il est clair qu'en les faisant fils des Kaslou'him, l'auteur de la Genèse a voulu marquer la fusion qui s'était opérée sur ce terrain entre les envahisseurs venus du Nord et l'ancienne population, sortie de la souche de 'Ham, fusion qui avait donné naissance à un peuple mixte et nouveau. Et par un des éléments qui avaient contribué à sa formation, ce peuple pouvait être à bon droit qualifié de petit-fils de Miçraïm; car il est facile de remarquer que, dans sa construction sous forme généalogique, le tableau donné par la Bible multiplie les degrés de génération séparant de la souche fondamentale, à proportion des mélanges de sang étranger qui rendent un peuple de race moins pure. Quant aux Kaphthorim, que le texte biblique associe aux Pelischthim, comme sortis de la même source, ce sont les habitants de l'île de Kaphthor, qui dans nombre d'autres passages de la Bible est certainement la Crète. La parenté ethnique des Crétois et des Philistins est attestée par le témoignage unanime de toute l'antiquité.
Note 128:[ (retour) ] On n'a pas encore trouvé la forme correspondante en égyptien antique.
Enfin, le dernier des fils de Miçraïm n'offre pas de doute pour ce qui est de sa signification ethnographique. Les Lehabim sont sûrement les Libyens, les Lebou des monuments égyptiens; mais l'appellation doit être ici entendue dans un sens restreint, comme s'appliquant seulement aux Libyens voisins de l'Égypte, chez qui pouvait s'être infusée une part de sang égyptien. Ces Lehabim pénétraient certainement jusque dans une partie du Delta occidental.
Pout, troisième fils de 'Ham, est un peuple africain dans un grand nombre de passages de la Bible. La tradition juive en fait les habitants des côtes septentrionales de l'Afrique
jusqu'à l'extrémité de la Mauritanie. Ceci est confirmé par l'appellation de Phaiat donnée en copte à la Libye, ainsi que par l'existence d'un fleuve Phthuth ou Fut, mentionné dans la Mauritanie par les géographes grecs et romains. Les inscriptions cunéiformes perses mentionnent un pays de Poutiya parmi ceux qui étaient soumis à l'empire des Achéménides, et il ne peut être que la portion de la Libye qui reconnaissait leurs lois. D'un autre côté, il est bien difficile de ne pas comparer, à la suite de M. Ebers, le nom de Pout avec celui de Pount, qui désigne dans la géographie des anciens Égyptiens les pays au sud-est de la vallée du Nil, c'est-à-dire la côte africaine des Somâlis d'aujourd'hui et la côte opposée de l'Arabie-Heureuse. Dans les bas-reliefs historiques de l'Égypte, les gens de Pount, qui forment ainsi en Arabie le substratum 'hamitique auquel se sont superposés les Sabéens yaqtanides, sont représentés avec la même coloration que les Égyptiens, et des traits qui participent à la fois de ceux de ce peuple et de ceux des Sémites purs.
1D'après les sculptures du palais de Médinet-Abou, à Thèbes, exécutées sous Ramessou III, de la XXe dynastie.