Sabtah, dont le nom correspond manifestement à celui de la ville de Sabbatha ou Sabota, devenue plus tard la capitale des Chatramotites de la géographie classique, c'est-à-dire des habitants du 'Hadhramaut, et l'un des plus grands marchés de l'Arabie méridionale.
Ra'emah, que les Septante et saint Jérôme transcrivent Regma, d'après la transformation fréquente du 'aïn sémitique en un gamma grec; on rapproche généralement Ra'emah du port de Regma, situé sur la rive arabe du golfe Persique, bien qu'il y ait à cette assimilation une difficulté philologique, dans le fait que le nom arabe indigène correspondant à Regma est Redjam, et non Re'am ou Regham. Cependant les fils que la Genèse attribue à Ra'emah semblent la confirmer: car le premier, Dedan, correspond sûrement à l'appellation de Daden, donnée à l'une des îles Bahreïn. Le second, Scheba, est plus obscur; tout d'abord on serait tenté, et ç'a été l'avis de la majorité des commentateurs, d'y voir les fameux Sabéens de l'Arabie-Heureuse, qui reparaissent sous le même nom de Scheba dans la descendance de Yaqtan, double emploi par lequel l'auteur inspiré aurait exprimé le fait d'une double couche ethnique, d'abord kouschite, puis yaqtanide, qui aurait contribué à la formation de ce peuple. Mais, sans s'éloigner autant du site de Ra'emah et de Dedan, le nom de Scheba peut s'expliquer par le peuple des Asabes, que les géographes classiques placent sur la côte de l'Oman actuel, où l'on cite aussi la ville de Batra-sabbes, et un peuple de Sabéens mentionnés par Pline.
Sabteka, dont l'appellation doit être mise en parallèle avec celles de la ville de Samydacê et du fleuve Samydacês, sur le littoral de la Carmanie, où la géographie classique place aussi un fleuve Sabis et un peuple de Sabæ.
Cette liste nous conduit ainsi, pour l'extension des peuples de la souche de Kousch, jusqu'à la frontière de la Gédrosie, où les écrivains grecs placent leurs Éthiopiens orientaux ou asiatiques, semblables d'aspect aux Éthiopiens africains; et de là nous gagnons l'Inde, dont les anciennes traditions nous parleront d'un peuple brun de Kauçikas, habitant le pays antérieurement à l'arrivée des Aryas et absorbé par eux, peuple dont le nom offre une bien remarquable coïncidence avec celui de Kousch.
La Bible place encore des Kouschites dans la partie méridionale du bassin de l'Euphrate et du Tigre, quand elle fait sortir de Kousch Nemrod, le fondateur légendaire de la puissance politique et de la civilisation des Chaldéo-Babyloniens. La tradition recueillie par les Grecs parle aussi de la dualité ethnique des Chaldéens et des Céphènes comme ayant formé originairement la population de cette contrée; et le nom de Céphènes est sûrement un synonyme de celui de Kousch; des bords de la Méditerranée jusqu'à ceux de l'Indus, il s'applique toujours aux mêmes populations. Les textes cunéiformes nous font connaître un peuple de Kasschi, répandu dans une partie de la Babylonie et dans le nord-ouest du pays de 'Élam; nous lui verrons jouer un grand rôle dans l'histoire de ces pays à une date reculée. Ce sont les Cissiens de la géographie classique, qui met aussi dans le nord de la Susiane des Cosséens, dont le nom paraît également un reste de celui de Kousch.
Tout ceci nous montre que, pour l'auteur du document que fournit le chapitre X de la Genèse, Kousch est une grande famille de peuples couvrant une zone méridionale de territoires depuis le Haut-Nil à l'ouest jusqu'au Bas-Indus à l'est, famille dont l'unité physique était encore plus accusée dans la haute antiquité que de nos jours, mais n'a cependant pas tout à fait disparu, malgré les migrations qui depuis ont superposé sur différents points d'autres races à ce substratum ethnique. En revanche, elle ne nous offre pas dans l'histoire la même unité linguistique, unité sans doute rompue de bonne heure par des circonstances historiques. Nous constaterons, d'ailleurs, par d'autres exemples que dans le système de classification des races qui a servi de base au tableau généalogique des descendants de Noa'h, ce ne sont pas d'après les affinités du langage que l'on s'est guidé, mais d'après le type et aussi d'après certaines données traditionnelles sur la filiation des peuples.
Dans les Livres Saints, Miçraïm est l'appellation constante de l'Égypte, qualifiée de Mouçour ou Miçir par les Assyriens, de Moudrâya par les Perses. De nos jours encore les Arabes appliquent le nom de Miçr soit à la capitale de l'Égype, soit à l'Égypte entière. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, Miçraïm a la forme du duel, à cause de la fameuse division de l'Égypte en deux parties, haute et basse. De même qu'à Kousch, le texte sacré donne une série d'enfants, représentant autant de divisions ethniques secondaires, à Miçraïm.
Les Loudim sont sûrement les Égyptiens proprement dits, de la race dominante, qui s'intitulaient eux-mêmes, nous l'avons vu plus haut, Rot ou Lot [126], «la race» par excellence [127].
Note 126:[ (retour) ] En égyptien les deux articulations r et l permutaient avec une singulière facilité.
Note 127:[ (retour) ] La gravure de la page 111 a déjà montré plus haut comment les Égyptiens représentaient eux-mêmes le type de ce peuple de Rot ou de leur propre race. Il suffit d'y renvoyer le lecteur, sans donner ici d'autre figure monumentale des Égyptiens antiques. D'ailleurs l'illustration de notre livre III en offrira un peu plus loin de très nombreux exemples.