1Têtes de captifs des guerres de Médie, représentés dans les bas-reliefs du palais de Sinakhe irib, à Koyoundjik, comme employés aux travaux pénibles des grandes constructions du roi.

La Médie reste tout entière touranienne, habitée par une population dont la langue offre un des types les mieux étudiés jusqu'ici des idiomes du groupe, jusqu'au viiie siècle avant notre ère, date de l'établissement des Mèdes proprement dits, de race iranienne, dans la contrée dont Hangmatana (Ecbatane) est la capitale. Et même après cette invasion,

les Iraniens ne constituent qu'une caste dominante et peu nombreuse; du temps des Achéménides, la masse du peuple parle encore sa vieille langue, qui est admise à l'honneur de compter parmi les idiomes officiels de la chancellerie des rois de Perses. La Médie touranienne ne garde pas seulement sa langue, mais son génie propre, et elle ne cesse que très tard de lutter, avec des chances diverses, contre le dualisme de la religion de Zarathoustra; ses croyances particulières s'infiltrent jusque chez les conquérants de race iranienne et produisent, par leur amalgame avec les idées religieuses de ces conquérants, le système du magisme, qui balance pendant longtemps, jusque dans la Perse elle-même, la fortune du mazdéisme pur.

Plus au sud, les Touraniens se montrent à nous comme formant une portion notable de la population de la Susiane ou pays de 'Elam, foyer d'une culture antérieure à celle de la Babylonie même, et assez puissant pour entreprendre de lointaines conquêtes vingt-trois siècles avant notre ère. Ce curieux pays, placé à la limite commune de toutes les races diverses de l'Asie occidentale, les voyait, comme nous l'avons déjà dit (p. 280 et suiv.), confondues et enchevêtrées sur son sol à l'époque historique. Mais depuis les temps les plus reculés, c'est à l'élément touranien qu'y appartenait la suprématie ethnique et morale; c'est lui qui avait imposé sa langue aux autres, du moins dans l'usage officiel et comme idiome commun.

1D'après les sculptures de Persépolis.

Dans le bassin de l'Euphrate et du Tigre, en Babylonie et en Chaldée, aussi haut que nous fassent remonter les monuments et les traditions, nous nous trouvons en présence de deux populations juxtaposées et dans bien des endroits enchevêtrées, appartenant à deux races distinctes et parlant des idiomes divers, d'une part les Sémito-Kouschites, de l'autre le peuple de Schoumer et d'Akkad, apparenté aux Touraniens de la Médie et du 'Elam. Laquelle des deux précéda l'autre sur ce sol, c'est ce qu'il est impossible de dire, car aux périodes les plus reculées où puisse atteindre notre regard, nous constatons leur coexistence. Mais ce que l'on peut dire d'une manière positive, c'est que Schoumer et Akkad constituaient un rameau particulier dans le groupe des Touraniens, rameau dont la langue s'était fixée et cristallisée à un état encore plus primitif de développement que celle des autres peuples de la même famille. Comme nous le ferons voir en traitant spécialement de l'histoire des Chaldéens et des Assyriens, c'est la fusion des génies et des institutions propres aux deux races opposées de Kousch et de Schoumer et Akkad, réunies sur le même territoire, qui donna naissance à la grande civilisation de Babylone et de la Chaldée, appelée à jouer un rôle si considérable sur toute l'Asie antérieure, qu'elle pénétra de son influence.

Que si nous tournons maintenant nos regards vers le massif montueux d'où descendent les deux grands fleuves de la Mésopotamie, nous y trouvons encore les Touraniens, établis en maîtres exclusifs jusqu'au ixe et au viiie siècle avant notre ère. La parenté des noms géographiques et des noms propres d'hommes, cités en très grand nombre dans les inscriptions assyriennes, nous permet de rétablir une chaîne de populations de même race que les premiers habitants de la Médie, qui, à partir de ce dernier pays, s'étend dans la direction de l'ouest jusqu'au coeur de l'Asie-Mineure. Ce sont d'abord les vieilles tribus touraniennes de