Note 148:[ (retour) ] XXXVI, 2 et 4.
Note 149:[ (retour) ] I Sam., XV, 6.
Maintenant, pour ceux qu'effraierait la hardiesse de cette manière de voir et ce qu'elle a de contraire aux opinions jusqu'ici généralement reçues, ils n'auront qu'à constater que le texte de la Bible ne contient rien qui s'oppose à une autre hypothèse, celle-là d'accord avec la thèse de l'universalité du Déluge. C'est celle que Noa'h aurait eu, postérieurement au cataclysme, d'autres enfants que Schem, 'Ham et Yapheth, d'où seraient sorties les races qui ne figurent pas dans la généalogie de ces trois personnages. Il ne contredit pas non plus une troisième hypothèse, encore soutenable, que certaines familles issues des trois patriarches Noa'hides aient pu s'éloigner du centre commun avant la confusion des langues et la dispersion générale des peuples mentionnés au chapitre X de la Genèse, et aient pu donner naissance à de grandes races, lesquelles, se développant dans un isolement absolu, auraient pris une physionomie tout à fait à part et seraient demeurées en dehors de l'histoire du reste des hommes. En un mot, il y a bien des manières possibles de concilier, suivant les tendances personnelles des esprits, la foi à l'unité de l'espèce humaine, descendue d'un seul couple premier, le respect religieux du texte biblique, poussé même jusqu'à en prendre toutes les expressions dans le sens littéral le plus étroit, et la croyance à l'universalité la plus absolue du Déluge, avec ce fait scientifique et positif que le rédacteur de la Genèse n'a compris et voulu comprendre, dans son tableau généalogique de la postérité des fils de Noa'h, que les trois divisions fondamentales de la race blanche, la race supérieure et dominatrice, à laquelle on ne saurait refuser la primauté sur toutes les autres. C'est à ce fait seul, longtemps méconnu, que nous nous attachons ici; c'est celui que nous retenons pour l'histoire de l'antique Orient.
CHAPITRE II
LES LANGUES ET LEURS FAMILLES.
§ 1.--ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE.
La linguistique est une science qui, pour ses développements et sa méthode, ne date pour ainsi dire que d'hier. Mais l'étude de l'essence philosophique du langage et de son origine a toujours été considérée comme un des plus difficiles et des plus importants problèmes de la philologie. L'antiquité cependant, sauf un dialogue de Platon et quelques mots d'Aristote, ne paraît pas s'en être beaucoup préoccupée. L'opinion la plus généralement admise était celle des Épicuriens, qui appliquaient à l'origine et à la formation du langage leur hypothèse grossièrement matérialiste d'une humanité primitive vivant à l'état absolument bestial. D'après cette opinion, l'homme aurait d'abord été muet comme les animaux, mutum et turpe pecus, mais plus tard le besoin l'aurait amené à proférer des sons, d'abord inarticulés, vagissements de l'enfance de l'humanité, qui, peu a peu, par le temps, se seraient réglés, perfectionnés et auraient traversé toutes les phases d'un progrès lent et continu.
C'est surtout la philosophie moderne qui a tenté de rechercher l'origine du langage. A la fin du xviie siècle, Locke plaçait dans son Essai l'étude des mots à côté de l'étude des idées, et y consacrait un livre entier sur les quatre livres dont se compose cet ouvrage. Mais la doctrine sensualiste du philosophe anglais l'enfermait dans des limites trop étroites pour qu'il pût arriver à une solution satisfaisante. Leibnitz, répondant à Locke et relevant avec toute la puissance et l'éclat de son génie la bannière du spiritualisme, suivit son adversaire sur le terrain de l'étude analytique du langage et de son origine. Là encore il l'écrasa par l'étendue prodigieuse de ses connaissances aussi bien que par la hauteur de son admirable intelligence. Leibnitz devina les traits principaux de la linguistique et en entrevit les applications. Il repoussa la théorie qui ne voyait dans le langage qu'une convention arbitraire formée sous l'influence des causes extérieures et indiqua, dans les facultés naturelles de l'esprit et dans les idées innées, le fondement nécessaire de l'institution des signes de la parole. Comparant les divers éléments que son époque avait à sa disposition, Leibnitz rechercha avec une ingénieuse sagacité les rapports qui peuvent exister entre la forme des mots et les idées qu'ils expriment, et atteignit dans cette voie à des résultats souvent réels, souvent aussi contestables.
Les philosophes du xviiie siècle voulurent à leur tour résoudre le problème du langage et revinrent aux idées des Épicuriens de l'antiquité.