Dans les langues à flexions, les terminaisons personnelles du verbe sont sans doute aussi dans un rapport visible avec le pronom, mais les formes du verbe à flexions se distinguent fondamentalement de toutes les autres. Une force énergique a formé dans ce cas le tout indissoluble appelé mot, et on ne saurait se méprendre sur le caractère respectif du substantif et du verbe. Précisément parce que l'unité du mot se maintient avec rigueur dans la flexion, on n'y peut exprimer beaucoup de relations par un seul mot; tandis que les changements, les allongements démesurés que les langues agglutinantes font subir à leurs verbes et à leurs substantifs, ne peuvent avoir lieu qu'aux dépens de l'unité du mot. Le verbe à flexions marque donc moins de relations que le verbe agglutinant. De là aussi la grande difficulté de décomposer en éléments simples les formes à flexions. Les éléments exprimant la relation subissent dans l'idiome à flexions les changements les plus considérables, seulement pour conserver l'unité du mot.»
La classe des langues à flexions se partage en trois grandes familles:
Les langues 'hamitiques ou égypto-berbères,
Les langues sémitiques ou syro-arabes,
Les langues aryennes ou indo-européennes.
À ces trois familles appartiennent les principaux idiomes des grandes civilisations antiques dont nous avons entrepris de raconter l'histoire. Il est donc nécessaire d'entrer à leur égard dans certains détails et de consacrer à chacune d'elles un paragraphe spécial. Mais auparavant nous nous arrêterons un moment à deux familles de langues agglutinantes, que nous avons réservées pour en parler avec un peu plus de développement que des autres de la même classe.
§ 4.--LES LANGUES DRAVIDIENNES ET ALTAÏQUES.
Les langues dravidiennes sont celles du midi de l'Inde, du Dekhan. Le nom générique qu'on a pris l'habitude de leur donner est emprunté à celui de l'ancienne province de Dravida ou Dravira, comprenant les pays d'Orissa et de Madras où était parlée l'une des principales parmi ces langues. Le territoire continu et compact des idiomes dravidiens s'étend depuis les monts Vindhya et la rivière Narmadâ ou Nerbuddah jusqu'au cap Comorin. Dans cette vaste région, peuplée d'environ 38 millions d'habitants, on trouve quelques colonies européennes ou musulmanes, mais le nombre des indigènes qui se servent exclusivement des idiomes dravidiens peut être évalué à plus de 35 millions.
On y compte cinq langues principales: le tamoul ou tamil; le télougou ou télinga; le kanara ou kannada; le malayâla; enfin le toulou ou toulouva. Toutes ont une culture littéraire ancienne et assez développée.