§ 2.--LE DÉLUGE.
«Quand les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre et eurent engendré des filles,--les enfants de Dieu (benê Elohim), voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent pour épouses celles qu'ils choisirent au milieu des autres.--Et Yahveh dit: «Mon esprit ne demeurera pas toujours avec l'homme, car il n'est que chair: et ses jours ne seront plus que de cent vingt ans.»--Et en ce temps il y avait sur la terre des Géants (Nephilim), comme aussi quand les enfants de Dieu se furent unis aux filles des hommes et leur donnèrent pour enfants les Héros (Giborim), qui sont fameux dans l'antiquité.--Yahveh voyant que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur coeur étaient tournées vers le mal en tout temps,--se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre; et il fut touché de douleur au fond de son coeur.--Et Yahveh dit: «J'exterminerai de dessus la terre l'homme que j'ai créé [18].»
Note 18:[ (retour) ] Genes., VI, 1-7.
Seul, le juste Noa'h, descendant de Scheth, trouva grâce devant Dieu. L'Éternel lui fit bâtir une arche dans laquelle il s'enferma avec les siens et sept couples de tous les animaux, purs et impurs, puis le déluge commença.
«Dans la six-centième année de la vie de Noa'h, au second mois, le dix-septième jour du mois, toutes les sources du grand abîme jaillirent et les cataractes du ciel furent ouvertes;--et la pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits.--Ce même jour, Noa'h entra dans l'arche; et Schem, 'Ham et Yapheth, ses fils, sa femme et les trois femmes de ses fils avec lui,--eux et tout animal suivant son espèce, tout bétail et tout ce qui se meut sur la terre, toutes sortes de volatiles, tout oiseau ailé, chacun selon son espèce,--entrèrent auprès de Noa'h dans l'arche, un couple de toute chair ayant souffle de vie.--Les arrivants étaient mâle et femelle de chaque créature, comme Dieu l'avait ordonné; et ensuite Yahveh ferma (l'arche) sur Noa'h.
Le déluge était depuis quarante jours sur la terre, quand les eaux s'accrurent et soulevèrent l'arche, de sorte qu'elle fut enlevée de dessus la terre.--Les eaux se renforçaient et s'augmentaient beaucoup sur la terre, et l'arche était portée sur les eaux.--Les eaux se renforcèrent énormément sur la terre, et toutes les montagnes sous les cieux furent couvertes.--Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des montages qu'elles couvraient;--et toute chair qui se meut sur la terre, oiseaux, bétail, animaux et reptiles rampant sur la terre, périt, ainsi que toute la race des hommes.--Tout ce qui avait dans ses narines le souffle de la vie, tout ce qui se trouvait sur le sol, mourut.--Ainsi fut détruite toute créature qui se trouvait sur la terre; depuis l'homme jusqu'aux animaux, aux reptiles et aux oiseaux du ciel, tout fut anéanti sur la terre. Il né resta que Noa'h et ce qui était avec lui dans l'arche.--Et les eaux occupèrent la terre pendant cent cinquante jours [19].»
Note 19:[ (retour) ] Genes., VII, 11-24.
Il y a quelques remarques d'une importance capitale à faire sur ce récit. La distinction des animaux purs et impurs prouve que les espèces enfermées dans l'arche ne comprenaient que les animaux utiles à l'homme et susceptibles de jouer le rôle de ses serviteurs domestiques, car c'est seulement à ceux-là que s'appliquent chez les Hébreux la division dans ces deux classes. Le mode suivant lequel s'opéra le déluge, qu'il faut absolument distinguer du fait lui-même, est présenté suivant les notions grossières de la physique des contemporains du rédacteur de la Genèse, et c'est ici le cas d'appliquer les sages paroles d'un des théologiens catholiques les plus éminents de l'Allemagne, le docteur Reusch [20]: «Dieu a donné aux écrivains bibliques une lumière surnaturelle; mais cette lumière surnaturelle n'avait pour but, comme la révélation en général, que la manifestation des vérités religieuses, et non la communication d'une science profane; et nous pouvons, sans violer les droits que les écrivains sacrés ont à notre vénération, sans affaiblir le dogme de l'inspiration, accorder franchement que dans les sciences profanes, et conséquemment aussi dans les sciences physiques, ils ne se sont point élevés au-dessus de leurs contemporains, que même ils ont partagé les erreurs de leur époque et de leur nation..... Par la révélation Moïse ne fut point élevé, pour ce qui regarde la science, au-dessus du niveau intellectuel de son temps; de plus, rien ne nous prouve qu'il ait pu s'y élever par l'étude et par ses réflexions personnelles.»
Note 20:[ (retour) ] La Bible et la Nature, trad. française, p. 27.