décorées de symboles (adjedatig) que l'on dresse comme des stèles sur la tombe des personnages considérables. Toutes deux sont celles de chefs renommés, enterrés sur les bords du lac Supérieur. On ne connaît pas exactement l'interprétation de toutes les figures qu'elles portent. Notons cependant que le totem du clan du chef, la grue pour l'un et le renne pour l'autre, est placé à la partie supérieure de l'une et de l'autre planche, et que sa position renversée dénote la mort. Les marques numérales, accompagnant le totem, veulent dire que le premier des guerriers, celui à la grue, a pris part à trois traités de paix (marques de gauche) et à six batailles (marques de droite), que le second, celui au renne, a commandé sept expéditions (marques de gauche) et figuré dans neuf batailles (marques de droite). En outre, pour ce dernier, les trois traits verticaux au-dessous de son totem rappellent trois blessures reçues à l'ennemi, et la tête d'élan un combat terrible qu'il soutint contre un animal de cette espèce.

1D'après Schoolcraft, Indian tribes of North-America.

Que l'on mette maintenant en regard de ces planches tumulaires

des Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, les signes grossièrement gravés à l'âge de la pierre polie sur une des dalles formant la paroi de la chambre intérieure du grand tumulus du Mané-Lud à Locmariaker, dans le département du Morbihan, et il ne sera pas possible de douter que nous n'ayons dans ce dernier cas une épitaphe pictographique analogue, dont la clef est aujourd'hui perdue, mais dont la nature est certaine. Cet exemple nous justifiera pleinement d'avoir été chercher, dans les usages des sauvages modernes, l'explication des faits qui se produisirent dans les premiers âges chez les races mêmes qui surent parvenir le plus tôt à un haut degré de civilisation. Il y a là des faits, tenant au génie propre et à la nature essentielle de l'homme, qui ont dû se développer partout parallèlement, en dépit des différences de races. Et le point où s'est marquée cette différence d'aptitude des races n'a pas été tant la manifestation des premiers essais rudimentaires de pictographie mnémonique que le progrès nouveau qui, chez un petit nombre de peuples seulement, devait en faire sortir l'invention féconde de l'écriture.

1D'après la Revue archéologique.

Pour achever de montrer que la pictographie a été foncièrement la même chez toutes les races et dans toutes les parties du monde, et cela spontanément, sans qu'il soit possible d'admettre transmission de l'un à l'autre entre les peuples dont nous comparons les monuments, il suffira, après avoir produit des spécimens de la pictographie des Indiens de l'Amérique du Nord et de celle des habitants de notre pays aux deux époques archéolithique et néolithique, d'en joindre ici un de celle des habitants primitifs de la Sibérie. Ce sont les signes péniblement gravés sur un rocher voisin de l'embouchure du ruisseau Smolank dans l'Irtysch. L'analogie avec le tableau biographique d'un chef des Delawares, donné tout à l'heure, est frappante. Nous avons de même ici, à côté de signes dont la signification nous échappe, des indications de nombres de guerriers, de campements ou de villages attaqués, de marches et de contremarches militaires, notées par des flèches placées dans des directions diverses, d'ennemis tués et faits prisonniers. C'est encore toute une histoire de guerre retracée sous une forme grossièrement symbolique.

1D'après Spassky, Inscriptiones Sibiricæ.