Note 30:[ (retour) ] Les Orphiques, qui avaient tant emprunté à l'Orient, admettaient pour l'origine des hommes la notion qu'ils descendaient des Titans. Et ils disaient que la partie immatérielle de l'homme, son âme, provenait du sang du jeune dieu Dionysos Zagreus, que ces Titans avaient mis en pièces, et dont ils avaient en partie dévoré les membres.

Note 31:[ (retour) ] Genes., II, 5.

Note 32:[ (retour) ] Genes., II, 6.

Note 33:[ (retour) ] II, 7.

Un jeune savant anglais, doué du génie le plus pénétrant et qui, dans une carrière bien courte, terminée brusquement par la mort, a marqué sa trace d'une manière ineffaçable parmi les assyriologues, George Smith, a reconnu parmi les tablettes d'argile couvertes d'écriture cunéiforme, et provenant de la bibliothèque palatine de Ninive, que possède le Musée Britannique, les débris d'une sorte d'épopée cosmogonique, de Genèse assyro-babylonienne, où était racontée l'oeuvre des sept jours. Chacune des tablettes dont la réunion composait cette histoire, portait un des chants du poème, un des chapitres du récit, d'abord la génération des dieux issus du chaos primordial, puis les actes successifs de la création, dont la suite est la même que dans le chapitre Ier de la Genèse, mais dont chacun est attribué à un dieu différent. Cette narration paraît être de rédaction proprement assyrienne. Car chacune des grandes écoles sacerdotales, dont on nous signale l'existence dans le territoire de la religion chaldéo-assyrienne, semble avoir eu sa forme particulière de la tradition cosmogonique; le fonds était partout le même, mais son expression mythologique variait sensiblement.

Le récit de la formation de l'homme n'est malheureusement pas compris dans les fragments jusqu'ici reconnus de la Genèse assyrienne. Mais nous savons du moins d'une manière positive que celui des immortels qui y était représenté comme «ayant formé de ses mains la race des hommes,» comme «ayant formé l'humanité pour être soumise aux dieux,» était Êa, le dieu de l'intelligence suprême, le maître de toute sagesse, le «dieu de la vie pure, directeur de la pureté,» «celui qui vivifie les morts,» «le miséricordieux avec qui existe la vie.» C'est ce que nous apprend une sorte de litanie de reconnaissance, qui nous a été conservée sur le lambeau d'une tablette d'argile, laquelle faisait peut-être partie de la collection des poèmes cosmogoniques. Un des titres les plus habituels de Êa est celui de «seigneur de l'espèce humaine;» il est aussi plus d'une fois question, dans les documents religieux et cosmogoniques, des rapports entre ce dieu et «l'homme qui est sa chose.»

Chez les Grecs, une tradition raconte que Prométhée, remplissant

l'office d'un véritable démiurge en sous-ordre, a formé l'homme en le modelant avec de l'argile, les uns disent à l'origine des choses, les autres après le déluge de Deucalion et la destruction d'une première humanité. Cette légende a joui d'une grande popularité à l'époque romaine, et elle a été alors plusieurs fois retracée sur les sarcophages. Mais elle semble être le produit d'une introduction d'idées étrangères, car on n'en trouve pas de trace aux époques plus anciennes. Dans la poésie grecque vraiment antique, Prométhée n'est pas celui qui a formé les hommes, mais celui qui les a animés et doués d'intelligence en leur communiquant le feu qu'il a dérobé au ciel, par un larcin dont le punit la vengeance de Zeus. Telle est la donnée du Prométhée d'Eschyle, et c'est ce que nous donne à lire encore, à une époque plus ancienne, le poème d'Hésiode: Les travaux et les jours. Quant à la