1Intaille de travail perse du temps des Sassanides.
Dans ces récits du zoroastrisme, Angrômainyous, sous la forme du serpent, est l'emblème du mal, la personnification de l'esprit méchant, aussi nettement que l'est le serpent de la Genèse, et cela dans un sens presque aussi complètement spirituel. Au contraire, dans les Vêdas, le même mythe de la lutte contre le serpent se présente à nous avec un caractère purement naturaliste, peignant de la façon la plus transparente un phénomène de l'atmosphère. La donnée qui revient le plus fréquemment dans les vieux hymnes des Aryas de l'Inde à leur époque primitive, est celle du combat d'Indra, le dieu du ciel lumineux et de l'azur, contre Ahi, le serpent, ou Vritra, personnifications du nuage orageux qui s'allonge en rampant dans les airs. Indra terrasse Ahi, le frappe de sa foudre, et en le déchirant donne un libre cours aux eaux fécondantes qu'il retenait enfermées dans ses flancs. Jamais dans les Vêdas le mythe ne s'élève au-dessus de cette réalité purement physique, et ne passe de la représentation de la lutte des éléments de l'atmosphère à celle de la lutte morale du bien et du mal, dont il est devenu l'expression dans le mazdéisme.
Ma foi de chrétien n'éprouve, du reste, aucun embarras à admettre qu'ici le rédacteur inspiré de la Genèse a employé, pour raconter la chute du premier couple humain, une narration qui, chez les peuples voisins, avait pris un caractère entièrement mythique, et que la forme du serpent qu'y revêt le tentateur a pu avoir pour point de départ, un symbole essentiellement naturaliste. Rien n'oblige à prendre au pied de la lettre le récit du chapitre III de la Genèse. On est en droit, sans sortir de l'orthodoxie, de le considérer comme une figure destinée à rendre sensible un fait de l'ordre purement moral. Ce n'est donc pas la forme du récit qui importe ici; c'est le dogme qu'elle exprime, et ce dogme de la déchéance de la race des hommes, par le mauvais usage que ses premiers auteurs ont fait de leur libre arbitre, est une vérité éternelle qui nulle part ailleurs n'éclate avec la même netteté. Elle fournit la seule solution du redoutable problème qui revient toujours se dresser devant l'esprit de l'homme, et qu'aucune philosophie religieuse n'est parvenue à résoudre en dehors de la révélation.
§ 3.--LES GÉNÉRATIONS ANTÉDILUVIENNES.
Un remarquable rapport entre les traditions des peuples les plus divers se manifeste ici et ne permet pas de douter de l'antique communauté des récits sur les premiers jours de l'humanité chez toutes les grandes races civilisées de l'ancien monde. Les patriarches antédiluviens, de Scheth à Noa'h, sont dix dans le récit de la Genèse, et une persistance bien digne de la plus sérieuse attention fait reproduire ce chiffre de dix dans les légendes d'un très grand nombre de nations, pour leurs ancêtres primitifs encore enveloppés dans le brouillard des fables. À quelque époque qu'elles fassent remonter ces ancêtres, avant ou après le déluge, que le côté mythique ou historique prédomine dans leur physionomie, ils offrent ce nombre sacramentel de dix.
Les noms des dix rois antédiluviens qu'admettait la tradition chaldéenne nous ont été transmis dans les fragments de Bérose, malheureusement sous une forme très altérée par les copistes successifs du texte. On en trouvera le tableau dans la page en regard de celle-ci, parallèlement à celui des patriarches correspondants de la Genèse.
Une tradition assyrienne recueillie par Abydène plaçait à l'origine de la nation, antérieurement à la fondation de Ninive, dix générations de héros, éponymes d'autant de cités successivement érigées. Le même Abydène, l'un des polygraphes grecs qui pendant la période des successeurs d'Alexandre s'efforcèrent sans succès de vulgariser auprès de leurs compatriotes les traditions et l'histoire des peuples de l'Asie, paraît avoir déjà enregistré la donnée arménienne d'une succession de dix héros ancêtres précédant Aram, celui qui constitua définitivement la nation et lui donna son nom, donnée qui fut ensuite adoptée par Mar-Abas Katina et les écrivains de l'école d'Edesse, et d'après eux par Moïse de Khorène, l'historien national de l'Arménie.
Les livres sacrés des Iraniens, attribués à Zarathoustra (Zoroastre), comptent au début de l'humanité neuf héros d'un caractère absolument mythique, succédant à Gayômaretan, l'homme type, héros autour desquels se groupent toutes les traditions sur les premiers âges, jusqu'au moment où elles prennent un caractère plus humain et presque semi-historique. Ainsi se présentent les Paradhâtas de l'antique tradition, devenus les dix rois Peschdâdiens de la légende iranienne postérieure, mise en épopée par Firdoûsi, les premiers monarques terrestres «les hommes de l'ancienne loi,» qui se nourrissaient «du pur breuvage du haoma et qui gardaient la sainteté.»
Dans les légendes cosmogoniques des Indiens, nous rencontrons les neuf Brahmâdikas, qui sont dix avec Brahmâ, leur auteur, et qu'on appelle les dix Pîtris ou «pères.» Les Chinois comptent dix empereurs participant à la nature divine entre Fou-hi et le souverain qui inaugure les temps historiques, Hoang-fi, et l'avènement de celui-ci marque la dixième des périodes, ki, qui se sont succédées depuis la création de l'homme et le commencement de la «souveraineté humaine» sur la terre, Jin-hoang. Enfin, pour ne pas multiplier les exemples outre mesure, les Germains et les Scandinaves croyaient aux dix ancêtres de Wodan ou Odin, comme les Arabes aux dix rois mythiques de 'Ad, le peuple primordial de leur péninsule, dont le nom signifie «antique.»