formelle et prétendent ne voir ici que de simples produits de circonstances fortuites.
Tant que l'on n'aura pas rencontré, dans les couches où s'observent ces silex, qui paraissent travaillés et ont déjà donné lieu à tant de discussions, des ossements de l'homme ou de son précurseur supposé, la question devra demeurer indécise. Il n'y aura pas moyen de la trancher d'une manière définitive. On doit cependant remarquer que, dans l'état actuel de la science, une grande objection contre l'opinion qui suppose dès cette époque l'existence de l'homme, perpétué ensuite sans interruption depuis lors, se tire du hiatus énorme formé dans le temps par la durée des époques où se déposèrent les terrains pliocènes inférieurs et moyens, terrains où jusqu'ici l'on n'a pu constater aucun vestige analogue.
1D'après le Précis de paléontologie humaine, de M. le docteur Hamy. La pièce a été extraite, par M. l'abbé Bourgeois, des marnes lacustres de Thenay (Loir-et-Cher).
Le passage de l'époque miocène à celle où se formèrent les strates pliocènes inférieures, représentées dans nos pays par les mollasses, fut marqué par un changement de climat notable, un abaissement de température qui plaça l'Europe centrale environ dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui. «Si, dit M. Schimper dans son Traité de paléontologie végétale, la période miocène offre un mélange de plantes tropicales et subtropicales, au milieu desquelles les plantes des zones tempérées ne jouent qu'un rôle secondaire, il n'en est plus ainsi dans la période pliocène, où celles-ci finissent par dominer exclusivement.» Cette flore européenne tempérée correspond assez exactement à celle des contrées dont la moyenne thermométrique est de 13 degrés environ. A la modification de la flore de nos pays correspond une modification parallèle de la faune, en rapport avec le changement du climat.
Celui-ci, du reste, alla rapidement en s'accentuant de plus en plus. La baisse de la température, par suite de causes qui restent encore absolument inconnues, en vint au point de produire les phénomènes, aujourd'hui parfaitement constatés, de la première époque glaciaire. Le climat moyen de l'Europe, descendu bien au-dessous de ce qu'il est aujourd'hui, donna naissance à d'immenses accumulations de glace qui couvrirent toute la Scandinavie, toute l'Écosse et tout le plateau central de la France d'une calotte uniforme, pareille à celle qui enveloppe aujourd'hui le Groënland, et remplirent les vallées de toutes les chaînes de montagnes jusqu'à leurs débouchés dans les plaines inférieures. C'est alors que le grand glacier du Rhône descendit jusqu'au point que marque la ligne des anciennes moraines s'étendant de Bourg-en-Bresse à Lyon. Un refroidissement aussi considérable de la température, qui paraît s'être produit proportionnellement sur toute la surface du globe, eut pour résultat de tuer la riche végétation qui embellissait nos régions, et d'anéantir en grande partie la faune européenne. Les mastodontes, et avec eux nombre d'espèces de carnassiers, de ruminants, etc., s'éteignirent ou émigrèrent vers le sud. De même, s'il avait existé antérieurement des hommes dans nos contrées, ils durent forcément être détruits ou contraints à l'émigration; car le climat de l'Europe ne permettait plus alors la vie de l'homme, non plus que de la plupart des animaux de la faune vertébrée. C'est dans des contrées plus méridionales qu'on devra rechercher un jour, quand elles seront mieux ouvertes aux explorations, si la race humaine se conserva pendant ce temps sous des climats moins rigoureux où elle aurait émigré, ou bien si les êtres intelligents, qui taillèrent les silex découverts dans le calcaire de Beauce et dans les sables de l'Orléanais, furent entièrement anéantis. Alors seulement on pourra se former une opinion sérieusement motivée sur la question de savoir s'ils étaient les ancêtres des hommes actuels, des préadamites, c'est-à-dire, des humains d'une race disparue, ou bien encore des précurseurs de l'homme, des êtres se rapprochant de notre espèce mais en étant nettement distincts, sortes d'ébauches par lesquelles le Créateur aurait préludé à la formation définitive de l'homme.
Quoiqu'il en soit, après la période glaciaire, lorsque se formèrent les terrains pliocènes supérieurs, la température de l'Europe redevint tempérée et probablement très voisine de ce qu'elle est aujourd'hui, car dès lors la flore fut à peu de chose près ce qu'elle n'a pas cessé d'être depuis. Sur nos pays débarrassés des glaces qui les avaient couverts, on vit revenir une faune très différente de celle qui l'avait précédée. À celle-ci appartenaient les derniers mastodontes; celle-là voit apparaître les premiers éléphants, l'elephas meridionalis. Aux rhinocéros et aux tapirs, aux ours et aux cerfs du pliocène inférieur, se substituent des cerfs, des ours, des tapirs, des rhinocéros d'espèces jusqu'alors inconnues. Les genres hippopotame (hippopotamus major) et cheval (equus robustus) jouent un rôle important dans cette population animale nouvelle; les félins, au contraire, y deviennent relativement rares. C'est le temps des alluvions de Saint-Prest auprès de Chartres, et du val d'Arno supérieur, si riches en débris d'éléphants.
L'homme avait apparu ou reparu dans nos contrées en même temps que les animaux
que nous venons de nommer; et depuis lors les monuments de sa présence se succèdent sans interruption jusqu'à nos jours. On a trouvé les traces non équivoques de son passage à Saint-Prest, où elles ont été constatées pour la première fois par M. Desnoyers; dans le val d'Arno, où elles ont été reconnues par M. Ramorino; et aussi dans les oesar de la Scandinavie, dépôts de la même époque, étudiés par M. Nilsson. Ce sont des pointes de flèche et des grattoirs en silex, taillés par éclatement d'une manière encore fort grossière; ce sont surtout des incisions produites manifestement par les lames de pierre servant de couteaux sur les ossements des grands pachydermes, en en détachant les chairs pour les manger. Car les sauvages de l'époque pliocène supérieure chassaient hardiment ces colosses animaux et en faisaient leur nourriture.
1D'après le Précis de paléontologie humaine, de M. Hamy.