«Cette race n'est pas confinée dans les temps géologiques. L'attention éveillée par les caractères étranges du crâne de Neanderthal, a fait entreprendre une foule de recherches qui ont rapidement tiré ce remarquable spécimen de l'isolement où il semblait d'abord devoir rester.... De cet ensemble de travaux, il résulte que le type de Canstadt, parfois remarquablement pur, parfois aussi plus ou moins altéré par les croisements, se retrouve dans les dolmens, dans les cimetières des temps gallo-romains, dans ceux du moyen âge et dans les tombes modernes, depuis la Scandinavie jusqu'en Espagne, en Portugal et en Italie, depuis l'Écosse et l'Irlande jusque dans la vallée du Danube, en Crimée, à Minsk, et jusqu'à Orenbourg en Russie. Cet habitat comprend, on le voit, l'ensemble des temps écoulés depuis l'époque quaternaire jusqu'à nos jours, et l'Europe tout entière. M. Hamy a justement fait remarquer qu'il existe dans l'Inde, au milieu des populations refoulées par l'invasion aryenne, des représentants du type de Neanderthal. Toutefois, pour les retrouver avec certitude, il faut aller jusqu'en Australie. Nos propres études ont confirmé sur ce point le résultat de celles de Huxley. Parmi les races de cette grande île, il en est une répandue surtout dans la province de Victoria, aux environs de Port-Western, qui reproduit d'une manière remarquable les caractères de la race de Canstadt.»
Nous empruntons encore au même savant quelques observations d'une haute importance. «Les épithètes de bestial, de simien, souvent appliquées au crâne de Neanderthal et à ceux qui lui ressemblent, les conjectures émises au sujet des individus auxquels ils ont appartenu, pourraient faire penser qu'une certaine infériorité intellectuelle et morale se lie nécessairement à cette forme crânienne. Il est aisé de montrer que cette conclusion serait des plus mal fondées.
Au Congrès Anthropologique de Paris, M. Karl Vogt a cité l'exemple d'un de ses amis, dont le crâne rappelle entièrement celui du Neanderthal, et qui n'en est pas moins un médecin aliéniste des plus distingués. En parcourant le Musée de Copenhague, je fus frappé des traits tout pareils que présentait un des crânes de la collection; il se trouva que c'était celui de Kay Lykke, gentilhomme danois qui a joué un certain rôle politique pendant le xviie siècle. M. Godron a publié le dessin de la tête de Saint Mansuy, évêque de Toul au ive siècle, et cette tête exagère même quelques-uns des traits les plus saillants du crâne de Neanderthal. Le front est encore plus fuyant, la voûte crânienne plus surbaissée. Enfin la tête de Bruce, le héros écossais, reproduisait aussi le type de Canstadt. En présence de ces faits, il faut bien reconnaître que même l'individu dont on a trouvé les restes dans la caverne de Neanderthal a pu posséder toutes les qualités morales et intellectuelles compatibles avec son état social inférieur.»
§ 2.--L'HOMME DES CAVERNES DE L'ÂGE DU RENNE.
Un second âge du développement de l'humanité s'annonce par un
progrès dans le travail des instruments de pierre; mais des caractères zoologiques tranchés ne le distinguent pas du premier. Les débris datant de cette époque se trouvent surtout dans les cavernes, dans celles du pied des Pyrénées, du Périgord et de la Belgique, dont les fouilles ont fourni par milliers à l'étude de la science les vestiges d'une humanité sauvage encore, mais un peu plus avancée que celle qui vivait lors de la formation des dépôts des vallées de la Somme et de l'Oise. Pendant cet âge les grands carnassiers paraissent avoir presque disparu, ce qui explique l'énorme multiplication des herbivores. Les mammouths et les rhinocéros existent encore, mais tendent graduellement à s'éteindre; le renne abonde dans le midi de la France, où il forme de grands troupeaux errant dans les pâturages des forêts.
1D'après le Précis de paléontologie humaine, de M. le docteur Hamy.
2Découvert à Laugerie-Basse (Dordogne). D'après le Précis de paléontologie humaine, de M. le docteur Hamy.