1D'après l'Histoire naturelle de l'homme, de Prichard. Le n° 1 est le crâne d'un Européen; le n° 2 celui d'un Mongol; le n° 3 celui d'un nègre du Congo; et le n° 4 enfin, le crâne d'un ancien Péruvien, tiré des sépultures de l'époque des Incas.
L'homme, considéré au point de vue du naturaliste, est le siège de phénomènes communs à tous les êtres doués de vie et d'organisation. Lors donc qu'il présente un problème dont il ne peut par lui-même donner la solution, la marche à suivre est d'interroger sur ce point les animaux, les végétaux eux-mêmes, et de conclure d'eux à lui. C'est par cette voie qu'on arrive à justifier scientifiquement l'unité de l'espèce humaine.
Mais d'abord il faut bien définir ce que c'est qu'une espèce: «L'espèce est l'ensemble des individus, plus ou moins semblables entre eux, qui sont descendus, ou qui peuvent être regardés comme descendus d'une paire primitive unique par une succession ininterrompue de familles.» Les individus qui s'écartent du type général d'une manière prononcée sont des variétés. La race est une variété qui se transmet par génération.
1Ces crânes sont les mêmes que ceux représentés de profil à la p. 228.
Les caractères propres à chacune des races humaines ne doivent pas être considérés comme des caractères d'espèces, car les variations qu'on observe dans une même espèce chez les animaux, surtout les animaux domestiques, et qui vont jusqu'à affecter les parties les plus essentielles du squelette, sont bien autrement considérables que celles qui séparent le blanc du nègre, les deux types humains les plus éloignés. D'ailleurs on ne peut pas établir de séparation bien tranchée entre les races d'hommes, qui passent de l'une à l'autre par une infinité d'intermédiaires. Or, quand il s'agit d'espèces animales, quelque rapprochées qu'elles soient, on arrive à déterminer un ou plusieurs caractères, absents chez les unes, présents chez les autres, et qui les différencient nettement. Il n'en est pas ainsi des races. Les caractères s'entrecroisent pour ainsi dire, si bien que, lorsqu'elles sont un peu nombreuses, on a de la peine à dire quel est le trait qui les distingue réellement.
Si nous consultons les croisements, ils révèlent à leur tour des différences fondamentales entre l'espèce et la race. Le croisement entre espèces est très rare dans la nature. Lorsqu'il s'opère sous l'influence de l'homme, il est infécond dans l'immense majorité des cas. Le croisement entre races est toujours fécond. Or les unions entre les types les plus opposés de l'humanité présentent constamment ce dernier caractère; il arrive même quelquefois que la fécondité des races ainsi unies s'y augmente.
La race, avons-nous dit, est une variété que l'hérédité parvient à propager. Les influences du milieu, c'est-à-dire l'action des conditions d'existence au milieu desquelles se développe un animal, est la principale des causes qui produisent dans une même espèce les variétés, origines des races. Cette influence des milieux, due au climat, à la nature du sol, au mode de vie, fut bien évidemment celle qui détermina la naissance des différentes races de l'humanité. Sans doute nous ne la voyons plus produire des effets aussi puissants dans les émigrations européennes des siècles modernes. Mais cela tient à la manière intelligente dont l'homme civilisé se défend contre le milieu où il réside. Cette lutte, il la soutient sans cesse, dans le lieu même qui fut le berceau de la race à laquelle il appartient; émigrant, il agit de même avec plus de soin encore. L'habitant des zones tempérées qui arrive en Sibérie perfectionne ses moyens de chauffage; dans l'Inde ou au Sénégal il s'efforce d'échapper à la chaleur, et il y réussit en partie; partout il transporte avec lui des moeurs, des habitudes, des pratiques qui font aussi partie du milieu et tendent à diminuer l'influence du changement.
Toutefois l'homme a beau se défendre, il n'en subit pas moins dans une certaine mesure l'action du climat et du sol nouveau, où il fixe sa demeure. L'individu européen peut, quand il renonce à la lutte, être rapidement transformé au point de devenir méconnaissable pour ses compatriotes. La race anglaise qui, plus qu'aucune autre, emporte avec elle tout ce qui peut la protéger contre les actions dont il s'agit, est attaquée dès la première génération en Australie, où pourtant elle prospère merveilleusement. Aux États-Unis, elle s'est assez transformée pour pouvoir être considérée comme ayant donné naissance à une race nouvelle.