—Voilà l'inconvénient du voisinage des communs ... on trouve toujours quelque paysan aux alentours du château.

Claude se lève, gauchement fait un geste d'excuse. La dame le reconnaît, se radoucit:

—Ah! c'est vous, petit curé? Je n'en voulais qu'aux rustres qu'on heurte ici à chaque pas... Comment supporter d'avoir à sa porte les paysans et le bétail? Je trouve à tout ce que je mange une odeur de fumier... Comme je me déclarais incommodée par les mouches qui nous disputent la sauce dans nos assiettes, M. Dupont s'en est excusé sur les bœufs dont nous entendons, depuis la salle à manger, les chaînes racler les mangeoires.

Claude, pressé de fuir, vainement essaye de s'en tirer avec un vague assentiment, mais la dame le retient d'un geste:

—Cet homme n'aurait pas l'idée de reconstruire ailleurs ces bâtiments, il est incapable d'une dépense qui ne lui rapporterait pas. M. Gonzalès, lorsqu'il achetait une propriété, avait accoutumé de tout démolir pour tout reconstruire selon ses goûts, ou plutôt selon les miens. Vous me comprenez, vous, une âme délicate. C'est dur de vivre avec les Béotiens.

Claude dit sottement:

—Oh! non, Madame, oh! non.

—Des ladres qui ont horreur de l'Art.

—Pourtant, Madame... M. Edward n'est-il pas peintre? Et j'ai entendu tout à l'heure le piano...

—C'est cette musique qui m'a fait fuir, mon cher. J'ai la prétention de m'y connaître un peu: j'obtins naguère un premier accessit au conservatoire de Bordeaux. Non que j'aie jamais été une professionnelle, mais mon père exigea que mon talent fût consacré par de compétentes autorités. Ces auteurs qu'affecte de préférer Mlle May, ce n'est que du bruit, mon cher, et vous pouvez m'en croire: la pécore fait semblant de s'y complaire par snobisme et pour me fronder; mais retenez qu'ici l'essentiel est de s'entendre avec le maître de céans.