Un sourire sournois fripa son visage. Elle ressemblait à une vieille actrice d'un théâtre provincial dans le rôle de Carmen.

—Je vous prie, Madame, de m'excuser, mais je dois passer le rouleau sur le tennis.

Mme Gonzalès continua sans l'entendre:

—Tu parles de musique? Dans quelques jours tu écouteras ma fille Edith qui doit me rejoindre ici, au mois d'août. Elle te jouera, mon cher, avec un éclat, un brio: c'est autre chose que toutes ces dissonances!

Elle s'avisa de sa familiarité avec un paysan, pinça les lèvres, gonfla son jabot, et d'un ton superbe:

—Au travail, mon garçon, tu perds ton temps ici.

Elle rentra dans la maison, et Claude, s'attelant au rouleau, passa et repassa sur le rectangle du tennis. Un plaisir animal le possède; il dépense un excès de force et n'atteint jamais à l'épuisement; bien loin qu'elle l'accable, la chaleur, comme une eau le porte. Soudain une voix crie derrière lui:

—Mais c'est un terrain mouvant! Les balles ne rebondiront pas!

Claude relève sa face ruisselante. Un jeune homme et une jeune fille de haut le regardent. M. Edward est vêtu de flanelle blanche; une chemise molle et basse rend son cou plus allongé; la manche large découvre au poignet un bracelet de platine; Claude, d'abord, ne peut détourner les yeux de l'étrange bijou. Une ligne drue de cheveux rejetés et collés limite haut le front d'Edward, ce visage coloré, doré, presque roux. Aux lèvres du jeune homme, un long fume-cigarettes donne à cet après-midi une odeur de ville, de quartier riche. May tient par la bride son chapeau de soleil; Claude ne voit rien d'elle que l'eau grise, glacée, d'un regard non fuyant, mais peureux et qui ne se pose pas... M. Edward dit avec nonchalance:

—Avant de passer le rouleau, il conviendrait d'ajouter de la terre de route, c'est un travail idiot que vous faites là.