Elle se tut et Claude ne trouva pas un mot pour combler le silence; il la regardait. Elle dit encore:
—Votre savoir n'est pas seulement ce qui vous attire ma confiance: mais aussi votre religion, votre foi candide.
Il fallait pourtant qu'elle risquât une allusion à la scène du verger. Elle se décida:
—Claude, vous connaissez ma solitude. Tendez-moi une main secourable. Vous m'avez vue, n'est-ce pas, souvent désemparée, faible. Vous savez qu'une mauvaise curiosité, ce goût des expériences que je dois à mon frère m'inclinent parfois à des démarches peu dignes de moi... Mais j'entrevois le salut, et vous m'y aurez aidée...
Stupéfait, ignorant où elle voulait en venir, Claude, au milieu de la route, haletait; elle lui dit de se couvrir, il ne le voulut pas et le soleil brûlait sa nuque.
—Enfin je sais ce qui est exigé de moi: ce ne saurait être par hasard qu'un jeune homme qui, avec le consentement de mon père, demande ma main, exige d'abord que je devienne catholique. N'est-ce pas, Claude, qu'il y a là le signe d'une volonté particulière sur moi?
—Vous vous mariez?
Elle affecta de ne pas voir son trouble, assura qu'elle ne doutait point du réconfort que Claude puiserait dans cette pensée qu'il avait beaucoup fait pour ouvrir les yeux d'une petite hérétique. Elle espérait qu'il ne refuserait pas de couronner son œuvre en la mettant en relation avec M. Garros ou ce vicaire de Viridis, l'abbé Paulet...
May s'effraya que Claude ne répondît pas. Avait-il seulement écouté? Il s'était rapproché d'elle et soudain lui prit le poignet, d'un air de brute:
—Qui donc épousez-vous? Le fils Castagnède, bien sûr!