—Non, j'ai des copies à corriger. Jean-Paul, sais-tu qu'un de mes élèves, dans toutes ses dissertations, et quel que soit le sujet, s'amuse à citer de ton Barrès? Il a quinze ans! Comme c'est humiliant pour moi, qui n'y ai jamais rien compris!

—Oh! mon oncle, vous voulez rire...

—Non, non. J'ai lu le Jardin de Bérénice; l'auteur explique ce qu'il veut dire dans des avant-propos, des notes et des préfaces, mais je ne comprends pas quand même...

Jean-Paul se garda bien de défendre le maître qu'il aimait. Son vieux cousin n'avait jamais eu de goût que pour les ouvrages d'un renanisme facile. Il lui importait peu que la substance en fût médiocre: l'œuvre d'Anatole France le contentait parfaitement. Et Jean-Paul s'exaspéra souvent de l'entendre disserter à la manière de l'insupportable Bergeret.

Pour changer de conversation, le jeune homme questionna M. Balzon sur Lucile de Chateaubriand. Depuis des années, le professeur s'occupait amoureusement d'un travail où revivait la mystérieuse et triste jeune fille.

Mais Marthe, dont l'esprit était ailleurs, demanda soudain:

—Jean-Paul, iras-tu demain goûter chez Mme des Onges?

Il sentit dans la voix un peu basse et voilée de Marthe une anxiété qui l'amusa.

—Je ne sais, j'y meurs d'ennui...

Elle insista: