—Il faut venir, Jean-Paul, on m'a présenté hier, chez les Burand-Martin, un garçon bizarre, mal habillé, que sa mère oblige à traîner dans les salons. Il t'a connu au collège et s'appelle, je crois, Vincent Hiéron... C'est une occasion de le revoir... Te souviens-tu de lui?

—Je me souviens ... murmura Jean-Paul.

Il allait revoir Vincent. Il y eut dans son cœur un tumulte de joie.

A cet ami, sous les platanes du collège, il avait confié ses premières mélancolies. Jean-Paul évoqua, dans un visage creusé, des yeux d'ardeur et de passion. Quelle âme fiévreuse habitait ce corps trop frêle! Plus tard, Vincent avait semblé fuir Jean-Paul dont le dilettantisme l'exaspérait. Il serait mort de ne pas croire. Un frénétique besoin d'affirmer le possédait.

Jean-Paul le savait engagé dans une entreprise de démocratie chrétienne dont il ne connaissait presque rien. Le dimanche, sur le péristyle de Saint-François-Xavier, il avait remarqué cependant des jeunes gens pâles et doux, cravatés d'une lavallière noire, de classe indécise, et qui offraient poliment une feuille hebdomadaire: Amour et Foi.

«Il veut me revoir!» pensa le jeune homme. Et soudain, il sentit en lui la joie de sa vingtième année.

Il s'arrêta devant le vieil hôtel que les Balzon habitaient rue Garancière.

—Jean-Paul, dit le professeur, n'oublie pas que nous comptons sur toi pour les vacances de Pâques.

Et comme il prenait congé, la jeune fille répéta:

—Nous comptons sur toi...