Un couple entra. Jean-Paul, dont la vue était basse, devina seulement la présence de Marthe. Il ne voyait que sa silhouette, ses cheveux fauves et lumineux, sa poitrine irréelle ... et comme toujours, il la jugea peu désirable. Elle se retourna:
—Jean-Paul, tu es là?... Faut-il, monsieur, dit-elle en souriant au jeune homme qui raccompagnait, que je vous présente un ancien ami?
Le jeune homme entra dans le rayonnement de la lampe. Et Jean-Paul murmura le nom de son ami d'enfance:
—Vincent...
Comme il avait peu changé! Jean-Paul reconnut l'orgueil douloureux de ce visage et tout ce corps chétif secoué par une âme violente, insatisfaite... Il se rappela les prétentions exaspérées du collégien, ses mépris sifflants. Le regard seul était plus calme; on y voyait la paix de ceux qui vivent face à face avec leur Dieu.
Jean Paul répétait:
—Te voilà ... c'est toi...
—Je t'avais reconnu déjà en entrant dans le salon, Jean-Paul. Et d'abord, sois assuré que je ne suis au milieu de ces imbéciles que pour obéir à ma mère. Mais j'aurai vingt et un ans dans un mois. Je serai délivré!
—Pourquoi, Vincent, n'es-tu pas venu vers moi, puisque tu m'as reconnu?
... A ce moment, Jean-Paul regarda Marthe. Elle comprit et s'éloigna, triste—se sentant si peu de chose aux yeux du bien-aimé, dès qu'un ami ou même un simple camarade était là.