Jean-Paul ne sourit pas d'une telle éloquence, car il avait, au collège, entendu cette même voix. Le désir lui vint d'être seul pour pleurer.

Ils se turent, séparés à chaque instant par l'ignoble cohue du boulevard Saint-Michel.—Ah! comme Jean-Paul les exécrait ces faces d'étudiants exténués, couvertes souvent de boutons, fendues par des rires.

Les deux jeunes gens s'arrêtèrent devant la maison où Vincent habitait, rue des Écoles.

—Connais-tu l'union Amour et Foi, Jean-Paul? demanda brusquement Vincent.

—Oui, de nom. J'ai vu souvent des affiches rouges ... et j'ai même assisté à une conférence de Jérôme Servet qui la dirige, n'est-ce pas?

—C'est cela. D'ailleurs nous en parlerons.

Ils fixèrent un rendez-vous pour le lendemain.

Les enfants quittaient le Luxembourg où des couples s'attardaient encore. Jean-Paul demeura seul dans le jour mourant. Comme l'âme de son ami était loin de la sienne!

«Il ne revient vers moi que pour me sauver, se dit-il. Ah! que m'importe d'être sauvé par lui, si j'en veux être aimé...? Et puis mon cœur est las de ces conversions que suit l'inévitable reniement. Après une crise religieuse, j'eus le sentiment toujours que dans ces colloques passionnés de mon âme avec Dieu, relus aux heures de dégoût, je fis moi-même tous les frais: les demandes et les réponses n'y sont que de moi. Mais trop faible est ma pauvre voix pour tenir longtemps les deux rôles...»

Jean-Paul songea qu'il s'était livré sans arrière-pensée à l'ami presque toujours silencieux...