Voilà pourquoi l’Église ne peut être une société particulière, limitée à un siècle, ou à une nation. Elle doit embrasser toutes les nations comme tous les siècles. Il est donc nécessaire qu’elle demeure toujours visible et qu’elle apparaisse à tous les yeux attentifs, non seulement unique, catholique, apostolique, mais sainte dans ses lois, ses dogmes, sa discipline, merveilleuse école de sainteté, où ne cesse jamais de fleurir, avec l’humble piété, l’éclatante vertu des miracles.

Or ces notes caractéristiques de la véritable Église instituée par Notre-Seigneur, l’Église romaine seule les possède ; seule entre les sociétés chrétiennes, elle est une dans ses dogmes, sa discipline, ayant un organe central indispensable au maintien de l’unité ; seule elle est à la fois sainte, catholique et apostolique, et depuis dix-huit siècles met sur les lèvres de ses enfants ces paroles des apôtres : « Je crois à l’Église une, sainte, catholique et apostolique. » — « Les sectes, dit le docteur protestant Martensen, veulent bien se mettre en rapport avec les apôtres ; mais elles ont perdu le fil historique qui le leur permettrait. »

2. — Quiconque ne renie pas Dieu doit aboutir au catholicisme.

Nous ne pouvons qu’indiquer ici les preuves de la religion chrétienne et catholique ; il faut, pour en comprendre toute la force, les voir développées tout au long dans un traité d’apologétique. Simplement exposées, elles ont une incontestable clarté. Il est, du moins, évident qu’on ne peut regarder comme déraisonnable ou imprudent celui qui y adhère. Un homme sensé, dans les affaires même les plus importantes, exige-t-il des motifs plus impérieux pour se décider ? Qu’il ait une chance contre vingt de sauver, par ses efforts, sa fortune, sa vie, son honneur, et il compte pour rien les plus rudes fatigues. Eh bien, de la révélation nous avons des preuves absolument concluantes. Elle ne répond pas seulement à nos désirs les plus élevés et les plus ardents ; elle n’est pas seulement une source de paix et de bonheur pour l’individu, la famille et la société. Elle s’impose aussi comme venant de Dieu par des signes éclatants ; en sorte que les renier, c’est par contre-coup s’attaquer à la Providence, au dogme de la survivance de l’âme, aux principes mêmes sur lesquels se fonde la différence entre le bien et le mal et qui sont la base de l’ordre moral et social. Aussi, des positivistes, comme le blasphémateur Proudhon, dans son ouvrage De la Justice dans la Révolution et l’Église, et dans ses Confessions d’un Révolutionnaire, conviennent-ils qu’il n’y a pas de milieu, pour un esprit logique, entre l’athéisme et le catholicisme ; que « l’Église catholique est la plus pure, la plus complète, la plus éclatante manifestation de l’essence divine ; qu’il n’y a qu’elle qui sache l’adorer… »

Plusieurs de ceux qui excluent la révélation se piquent d’une prétendue religion naturelle ; mais c’est un jeu d’équilibriste où bien peu se maintiennent. Quelques-uns, témoin Jules Simon, vont, tôt ou tard, au Christ, qui, les bras ouverts, les attend sur la croix. Quant aux autres déistes, leur Dieu devient vite sourd, aveugle et muet ; il cède la place au Dieu du panthéiste. Voyez Renan : après avoir renié l’Église catholique, il ne voit bientôt plus dans la Providence et l’immortalité de l’âme que « de bons vieux mots un peu lourds ». La vieille morale suit aussi la déroute du dogme. Il en vient à regarder comme une vanité la chasteté, la fidélité conjugale, comme les autres vertus, et finit par incarner dans le libertin « la vraie philosophie de la vie[13] ».

[13] Revue des Deux-Mondes, 15 nov. 1882, p. 254 ; 1er nov. 1880, p. 77.

La vue des funestes conséquences de l’incrédulité confirme la justesse de ces belles paroles de La Bruyère, dans son chapitre sur les Esprits forts : « Si ma religion est fausse, voilà le piège le mieux dressé qu’il soit possible d’imaginer ; il était inévitable de ne pas donner tout au travers et de n’y être pas pris… Où aller ? où me jeter, je ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui en approche ?… Il m’est plus doux de renier Dieu que de l’accorder avec une tromperie si spécieuse et si entière. » En effet, comment croire en Dieu et tenir en même temps la religion chrétienne pour fausse ? En ce cas, l’erreur, si erreur il y avait, remonterait jusqu’à lui.

Mais il est impossible que l’athée ait raison ou que Dieu nous trompe. Si profonds que soient les abaissements du Créateur dans une religion pleine de mystères, l’étonnement cesse quand on songe à ce que peut la divine miséricorde. Elle nous donne la clef des choses les plus incompréhensibles. On le sait, la seule pensée que la puissance et l’amour infinis sont la cause de tant de merveilles, suffit, au témoignage de Bossuet, à ramener de l’incrédulité à la foi la princesse Palatine.

3. — L’obligation de croire.

Quand un homme, comme il y est tenu, prête une sérieuse attention à ces preuves fondamentales de la religion ; quand il s’efforce d’en saisir toute la valeur, le moment vient vite où la vérité lui apparaît assez clairement pour motiver un acte de foi. Dès lors, croire n’est pas seulement faire œuvre de sens et de sagesse ; c’est remplir un devoir rigoureux. L’homme qui, éclairé sur la vérité de la révélation, recule devant l’acte de foi, sera condamné : Qui non crediderit condemnabitur. Dieu, en nous proposant ses dogmes et ses préceptes, ne nous permet pas de les rejeter au gré de notre humeur.