[26] Comment j’entrai au Bercail, traduction de M. de Beauriez. Paris, 1898.

Si, d’ailleurs, quelqu’un n’a pas assez de foi pour se soumettre à des pratiques chrétiennes, il peut et doit au moins supplier le divin auteur de l’univers de l’éclairer et lui donner des gages de sa docilité. Fût-il tenté contre Dieu, c’est encore à lui qu’il faut demander la force et la lumière. Celui qui prie et ne se complaît pas dans le doute, porte en lui un germe de foi que la grâce de Dieu entretient et développe à travers les circonstances les plus diverses. Il grandit sous les douleurs, les deuils, les épreuves de toute sorte, sous les bonnes œuvres surtout, et un jour la conscience s’aperçoit avec joie qu’en elle s’est épanouie, pour ne plus se faner, la fleur céleste de la foi.

On ne s’étonnera pas de nous entendre nommer ici un sympathique et brillant poète, que nous avons l’honneur d’avoir pour voisin, et dont, sans quitter notre bureau de travail, nous apercevons, à cette heure, la calme demeure et le petit jardin, pâle image de la Fraisière. On devine M. Coppée. Lui-même nous racontait naguère, avec une émotion et un charme pénétrants, comment, sous la pression de la souffrance et le pieux souvenir de sa mère, a jailli dans son cœur la prière, qui l’a remis en pleine possession de la foi.

CHAPITRE IV
LE DEVOIR ET LA MANIÈRE DE CROIRE

1. Doutes obsédants ; leurs causes. — 2. Remède : Appels à la raison et à l’intervention de la volonté. — 3. Elle est légitime, la foi étant un acte libre et vertueux, non moins qu’une conviction.

1. — Doutes obsédants ; leurs causes.

Dieu se manifestera donc tôt ou tard à celui qui le cherche de toute son âme et s’efforce de réaliser le bien dans la mesure où il se dévoile. Le point lumineux grandira de façon à dissiper tout doute sérieux. Même alors, cependant, pour ne point diminuer le mérite inhérent à la foi, Dieu proportionne sa lumière à nos besoins et, d’ordinaire, ne la prodigue pas. Toujours son objet, malgré les preuves irréfragables qui en montrent l’existence, reste lui-même dans un clair-obscur, impalpable et comme invisible.

C’est qu’une des conditions de l’acte de foi chrétienne est qu’il soit libre. Il est de sa nature que nous puissions, à notre gré, le poser ou bien l’omettre. Or comment pourrions-nous refuser notre assentiment à la divinité du Verbe, par exemple, si cette vérité, l’un des objets de notre foi, était en elle-même resplendissante de clarté. Alors, ce ne serait plus la foi, mais la science ; bien plus, s’il s’agit des vérités d’ordre surnaturel et des mystères, leur contemplation sans voiles serait la vision béatifique, acte d’intuition qui est le privilège des élus.

Entre celui qui croit, au sens propre du mot, et celui qui sait, la différence n’est pas dans un degré divers de certitude. Elle est en ceci, que l’homme de science saisit directement quelque chose de son objet. Il le voit tantôt en lui-même, tantôt dans ses causes, tantôt dans ses effets ou dans quelque rayon qu’il projette. Au contraire, croire ou faire un acte de foi, c’est admettre une chose qu’on ne voit point, sur l’autorité d’un témoin, qui sert ainsi d’intermédiaire entre nous et l’objet. Il est clair que si le témoin est bien instruit de ce qu’il raconte et d’une probité éprouvée, conditions qu’il est souvent aisé de constater, nous serons aussi sûrs des faits qu’il nous annonce que s’ils se passaient sous nos yeux.

Néanmoins, quand ces faits sont anciens, éloignés, d’un caractère extraordinaire, l’intelligence, surtout si elle est poussée par le mauvais vouloir, se voit sollicitée par des difficultés plus ou moins spécieuses. Elle est portée à contrôler avec plus de sévérité ces preuves qui sont des miracles.