Ah ! il est autrement consolant que l’exemple du loup cité par M. Hanotaux, l’exemple d’un Homme-Dieu subissant la mort pour m’en adoucir les amertumes, et me frayer la voie vers une vie glorieuse, immortelle ! — Quand Malesherbes vint annoncer à Louis XVI qu’il était condamné à mort, il ne put maîtriser ses sanglots. Quelle ne fut pas son admiration de voir le roi aussi calme que s’il eût été question, pour lui, d’un court voyage : « Ne pleurez pas, dit-il à son ancien ministre, nous nous reverrons dans un monde meilleur. » Le surlendemain, 21 janvier 1793, apprenant la fin héroïque de son prince, Malesherbes ne put s’empêcher de s’écrier : « Il est donc vrai que la religion seule peut inspirer une parfaite sérénité en un tel moment. »
Quant à lui, l’ancien protecteur des philosophes, qui s’était piqué de penser comme eux, il retrouva dans le malheur les convictions de son enfance. Un an plus tard, condamné a son tour à l’échafaud, il disait à son petit-fils de Tocqueville qui venait l’embrasser : « Mon ami, si vous avez des enfants, élevez-les pour en faire des chrétiens ; il n’y a que cela de bon[9]. » C’était reconnaître que la foi est le viatique indispensable, la condition de la vertu sans défaillance et du vrai bonheur.
[9] Les Lamoignon, une vieille famille de Robe, par L. Vian. Paris, Lethielleux, 1896, p. 305, 306 et 311.
La vie morale, pour prospérer, exige donc une atmosphère supérieure, où elle se renouvelle, s’alimente, s’épure et se fortifie incessamment. Telles que des plantes privées de soleil, les vertus de l’incroyant, le plus heureusement doué, languissent d’ordinaire et n’atteignent jamais leur plein développement.
Au contraire, éclairé, stimulé, soutenu par son divin guide, l’homme qui a la foi se sent porté de degré en degré, plutôt qu’il ne marche, vers la perfection. Il gravit allègrement le rude sentier de la vie ; il franchit plein d’espoir le sombre passage de la mort. Et tout ce qu’il aime, ou du moins, tout ce qui mérite d’être aimé, il ne le quitte un instant que pour le retrouver.
Il est une patrie invisible, un asile indestructible où toutes les âmes chrétiennes se donnent rendez-vous. Ceux qui ne croient pas oublient vite. Pour eux, disparue la fleur, rien ne reste du parfum qui les charmait. Comment s’intéresser au néant ? Dans le cœur, au contraire, de celui qui croit, et surtout à l’autel du Christ, se perpétue le culte du souvenir ; souvenir non point banal et impuissant, mais suave pour ceux qui survivent, et salutaire à ceux qui sont partis. « Ce que je vous demande seulement, disait à son fils sainte Monique mourante, c’est que vous vous souveniez de moi à l’autel du Seigneur, en quelque lieu que vous soyez. »
La lumière et la paix que donne ici-bas la révélation, ne sont que le crépuscule et l’avant-goût de la vision et du bonheur réservés, dans la vie à venir, aux âmes vertueuses. Pourtant, ces lueurs et ces douceurs secrètes évoquées par la foi, nourries par la charité, prolongées par l’espérance, laissent loin derrière elles, par leur sérénité, tous les plaisirs terrestres et caducs. Quel incroyant, pour peu qu’il pense et réfléchisse, n’a maintes fois envié le sort de celui qui, à l’heure où tout sombre, embrasse quelque chose de permanent, de celui qui se dit : « Le Maître que j’adore, invisible par nature, s’est rendu sensible pour entrer en société avec moi à toute heure, il est là qui m’éclaire, m’aide, me console et me soutient. Il me communique la vie surnaturelle qui a sa source au pied de la croix ; il me stimule par ses préceptes, m’entraîne par ses exemples ; et de vertu en vertu, si je le veux suivre, m’emporte sur les ailes de son amour jusqu’à la ressemblance et l’union avec Dieu. » Pas de fardeau que cette conviction n’allège, pas de deuil qu’elle ne rende supportable. Quelles que soient ses épreuves, l’âme croyante cherche et trouve, par la prière, un refuge assuré dans le sein de Dieu. Là, comme l’oiseau, que la vigueur de ses ailes a élevé au-dessus de la sphère des tempêtes, elle plane dans une région sereine, à peine secouée par le contre-coup des orages qui grondent au-dessous d’elle.
CHAPITRE II
LES RAISONS DE CROIRE
1. La foi est une conviction ; preuves à l’appui. — 2. Athée ou catholique. — 3. Obligation de croire.
1. — La foi est une conviction ; preuves à l’appui.