Sur toutes les questions capitales, la religion seule peut donner à ceux qui s’y attachent la lumière, la certitude, l’espérance et la paix. La révélation ne comble pas seulement les désirs du cœur ; elle offre aussi toutes les garanties légitimes que peut exiger la raison. Examiner ces preuves sans écouter aucune prévention, c’est la première démarche qui s’impose pour acquérir la foi. Quel homme sensé croirait indigne de lui d’étudier une religion dont les plus grands esprits, tandis qu’ils étaient de sang-froid, ont toujours parlé avec admiration ; dont ses adversaires les plus acharnés, — tel Renan, — n’ont pu s’empêcher d’avouer qu’elle est « le plus beau code de la vie parfaite et de la religion absolue », un système plausible aux yeux de la raison, qui jusqu’ici n’a guère été attaqué que par des « polissons ».
Sans doute, la révélation offre des côtés obscurs ; mais, dans l’ordre même naturel, quelle est la science qui n’ait ses mystères ? Douterez-vous de tout, parce que vous ne pénétrez le fond de rien ? Grâce à Dieu, autour de l’édifice du christianisme, la lumière perce assez les ténèbres pour nous laisser voir, avec ses proportions surhumaines, la main du divin ouvrier qui l’a bâti, et le maintient debout contre le formidable assaut de toutes les passions coalisées.
A cette lumière mêlée d’ombre, l’esprit ne se fait pas tout d’un coup. Il y faut une préparation où Dieu et l’homme ont chacun leur part. C’est par un enchaînement de vérités dont l’une éclaire l’autre que l’on est conduit, sans violence, jusqu’au cœur de la révélation.
A moins de mettre en doute jusqu’à notre existence, il faut bien convenir qu’il existe un Dieu absolument parfait. Trouvant son bonheur en lui-même, cet être infini pouvait, sans aucun doute, rester éloigné de nous, à qui, d’ailleurs, il ne devait rien. Mais, si en considérant la nature de l’homme et celle de Dieu, je n’ai pas le droit de conclure avec certitude à l’existence de la révélation, cependant, plus je médite sur la bonté illimitée du Créateur, sur les tristes errements de la sagesse et de la philosophie profanes, sur l’impérieux besoin de certitude que nous éprouvons à l’égard de Dieu et de notre destinée, plus il me paraît non seulement possible, mais vraisemblable, qu’il a voulu entrer en communication directe avec une créature capable de le connaître et de l’aimer, lui parler autrement que par la voix de l’univers, et peut-être pousser la condescendance jusqu’à lui découvrir les secrets de sa vie intime.
Les rapports de Dieu avec l’homme que la raison, livrée à elle-même, soupçonne et que le cœur pressent, il est aisé de les constater, si, sortant de la pure spéculation, nous passons sur le terrain des faits.
Ici, nous voyons se dérouler un long cortège de preuves, qui éclaire de ses mille rayons la physionomie divine du Christ. Depuis l’origine du monde, il remplit le temps et l’espace de son nom, de son histoire et de son influence. Il est annoncé et attendu comme un Dieu. Ouvrez l’Ancien Testament, vous y trouverez décrites toutes les circonstances de sa vie, de sa mort et de son triomphe. Il n’est pas jusqu’aux nations païennes dont les récits ne s’accordent avec ceux de la Bible et qui ne se tournent vers l’Orient, où doit naître d’une vierge leur libérateur[10].
[10] Platon. Le Politique. XVI. éd. A.-F. Didot, vol. I, p. 586.
Aussi, rien d’exagéré dans cette parole de Jean de Muller à Charles Bonnet : « Toute l’histoire s’éclaire à mes yeux depuis que je connais Jésus-Christ. »
Celui-ci n’est pas encore né et déjà il règne, à des degrés divers, sur les peuples de l’ancien monde, comme le soleil, auquel il est comparé par le psalmiste, avant de monter à l’horizon, jette sur les montagnes et dans le fond des vallées des clartés inégales, qui vont grandissant à mesure qu’il se rapproche. Les espérances de l’univers ont-elles été déçues ? Pour le décider, ouvrons le petit livre qui fait suite à l’Ancien Testament, le perfectionne et le complète. Une tradition ininterrompue, dont l’apologétique moderne a vérifié tous les anneaux, ne permet pas de douter que les Évangiles aient été réellement composés par saint Matthieu, saint Jean, saint Marc et saint Luc, c’est-à-dire par des témoins bien informés des événements qu’ils racontent. Or ces historiens qui ne méritent pas moins de créance qu’un Sénèque ou un Tacite, leurs contemporains, témoignent que les anciennes traditions ayant trait au Messie ont été réalisées, avec un accord admirable, dans la personne de Jésus-Christ. Les prophéties de l’Ancien Testament, celles du Nouveau, les miracles du Christ et de ses disciples, la perfection de sa vie, de sa morale et de sa doctrine, son pouvoir incomparable pour transformer les individus comme les sociétés qui l’adorent : voilà par où se révèle la céleste origine du christianisme. Tout y trahit la voix d’un Dieu, inimitable à la créature.
N’y eût-il, au lieu d’une longue suite de miracles, qu’un seul fait avéré, celui de la résurrection du Christ, il n’en faudrait pas davantage pour justifier pleinement notre foi. De providentielles circonstances donnent à cette preuve une force singulière. Le Christ vient d’être crucifié et enseveli. Dispersés, craintifs et consternés, les apôtres semblent ne plus se souvenir que leur maître a prédit qu’il sortirait du tombeau. Quelques jours s’écoulent et voici que soudain ces hommes sont transformés. Tous, ils prêchent intrépidement que Jésus de Nazareth est ressuscité d’entre les morts.