Je ne déduirai pas de deux contes où les frères entretiennent des relations avec leurs soeurs que l'inceste soit chose courante parmi les noirs. Ce serait généraliser hâtivement (V. Bénipo et ses soeurs et l'Origine des pagnes). (En France le conte de Peau d'Âne nous représente bien un roi désireux d'épouser sa fille). Ce n'est pas qu'il n'existe des allégations en ce sens, mais affirmer n'est pas prouver.

De marâtre à enfants d'un premier lit il ne saurait y avoir d'affection. De très nombreux contes en témoignent et notamment ceux ci-après: Sambo et Dioummi—Le sounkala de Marama. Je n'en vois qu'un seul où une marâtre ait le beau rôle. C'est celui de La marâtre punie.

Le beau-père est, au contraire, généralement présenté sous le jour le plus favorable. Il montre autant de tendresse pour l'enfant du premier lit que pour ceux qu'il a eus de sa propre femme; souvent il n'est payé que d'ingratitude par son fils adoptif (V. Guéhuel et damel et le conte de B.-F. Kothi Barma).

Continuant cet examen rapide des sentiments familiaux des noirs, nous en venons à l'amour conjugal. Ici l'amour en général a des droits plus sérieux au qualificatif de désir qu'à l'épithète de platonique. Il y a pourtant dans la littérature indigène des histoires d'amour purement spirituel (V. en ce sens: Les inséparables,—La Mauresque,—Diadiâri et Maripoua [1ère partie],—Amadou Sêfa Niânyi[118]). On rapporte même des exemples de fidélité excessive: les amants fidèles, la femme d'Ibrahima (Ibrahima et les hafritt) qui attend son mari neuf ans mais finit tout de même par se remarier.

Note 118:[ (retour) ] Voir également B-F., Ballade de Diudi.

En revanche, les histoires de maris trompés sont innombrables. Le noir les prend gauloisement et considère que la jalousie est une maladie quelque peu ridicule puisqu'elle s'obstine à empêcher l'inévitable. Peut-être se console-t-il tout simplement, en raillant le voisin, d'une infortune à laquelle lui aussi n'échappera pas.

Il sait que toute précaution restera vaine (La précaution inutile), que jamais homme ne sera assez malin pour obliger sa femme à la fidélité, si roublard soit-il d'autre part; (V. L'hyène commissionnaire). Aussi la jalousie tragique semble-t-elle assez rare, si l'on en croit les contes, car je n'en vois qu'un seul où le désir exaspéré amène une tragédie domestique (V. B.-F., Le beau-frère coupable). Encore, dans ce conte, est-ce le beau-frère qui tue parce qu'il ne peut amener sa belle-soeur à céder à ses instances.

En général la femme inspire aux noirs aussi peu d'estime qu'elle leur fait, par contre, éprouver de désirs violents. Ils la tiennent pour bavarde et incapable de stabilité dans ses affections. Lui confie-t-on un secret, elle s'empresse de le trahir par étourderie ou par malignité (Guéhuel et damel—Le koutôrou porte-veine—Le riche et son fils—Malick-Sy)[119]. Dans le conte de Diadiâri et Maripoua, celle-ci, qui avait offert sa vie en sacrifice pour sauver Diadiâri, le trahit ensuite pour un amant qu'elle croit plus riche et tend à ce dernier l'arme qui doit tuer son mari. De même, Ashia trompe Amadou Sêfa, qui l'a sauvée du serpent, avec un amant qu'elle juge cependant inférieur à son mari, comme elle le lui exprime sans équivoque dans le cours du récit.

Note 119:[ (retour) ] Lanrezac (op. cit.).

De même, la femme cherche toujours à desservir ses co-épouses et même à les faire périr si cela lui est possible (v. La femme-biche.—La gourde.—Les trois femmes du sartyi.—L'hermaphrodite.—Takisé.—Les deux sinamousso.—Jalousie de co-épouse.—L'implacable créancier, etc., etc.). Après la mort de celle-ci, c'est sur les enfants de la co-épouse qu'elle se venge (v. les contes de marâtre cités plus haut).