1°Sentiments affectifs.—Prenons d'abord parmi les sentiments affectifs l'amour des parents pour leurs enfants et réciproquement celui des frères et soeurs entre eux. Nous trouverons moins d'exemples d'amour paternel que d'amour filial, en ce qui concerne le père du moins. Il est même plusieurs contes qui paraissent en contradiction avec la notion des devoirs de dévouement des parents envers leurs enfants chez les peuples de race blanche. Dans le conte peuhl de La Mauresque, dans celui (gourmantié), de Diadiâri et Maripoua, dont le premier est une réplique partielle, dans le conte du Fils adoptif du guinnârou, les parents refusent de sacrifier leur vie pour ressusciter leur fils mort[115]. De même, le père de Hammadi Bitâra (conte de Fatouma Siguinné) sacrifie bien légèrement son fils à de faibles soupçons. De même encore le kuohi[116] dans «Le joli fils de roi».
Note 115:[ (retour) ] C'est le thème d'Alkestis d'Euripide où la femme se dévoue à la place du père et mère de son mari pour sauver la vie à celui-ci.
Note 116:[ (retour) ] Roi, en haoussa.
Cependant on peut opposer à ces exemples l'amour, allant jusqu'à la plus extrême faiblesse, d'Amady NGoné pour son fils[117] indigne Biroum Amady; les parents sacrifiant leurs biens puis leur vie pour sauver leur fille (L'implacable créancier); la mère de la jeune mariée vengeant sa fille que le père n'a pas le courage de venger. (Une leçon de courage). En général, la mère manifeste une affection plus profonde que le père pour ses enfants, ce que l'on constatera chez les mères de toute race (V. le conte du prince qui ne veut pas d'une femme niassée.—La lionne et le chasseur—Mamady le chasseur—La lionne et l'hyène).
Note 117:[ (retour) ] V. Bérenger-Féraud, op. cit. Amady NGoné et son fils.
Il semble résulter de certains contes; L'hyène, le lièvre et l'hippopotame (Goumbli-Goumbli-Niam), que les parents ont, comme la mère du Petit Poucet, une préférence pour le dernier-né.
L'exemple de fils ingrats envers leurs parents ne se rencontre que dans le conte de Bérenger-Féraud déjà cité. Les noirs n'ont guère hérité de l'irrespect de leur ancêtre Cham pour son père Noé. La voix du sang—cette voix du sang dont le mélodrame a tant abusé—parle éloquemment au coeur des jeunes noirs, si l'on en croit le conte intitulé «L'épreuve de la paternité», où les fils adultérins, bien qu'ignorant leur origine réelle, font franchir délibérément à leurs chevaux le corps du mari de leur mère, alors que les véritables fils se refusent à cette épreuve, malgré tous leurs efforts pour obéir à l'ordre formel de leur père.
Les contes d'orphelines et de marâtres témoignent aussi du profond amour filial des noirs. Voir encore le dévouement de la fille du massa se sacrifiant, dans le conte ainsi intitulé, pour garder le pouvoir à son père.
Cet amour des enfants est susceptible de s'atténuer sous l'influence de certaines considérations. Aussi NDar ne pardonne pas à sa mère de l'avoir abandonné et S.-G. Diêgui condamne le frère de son père à la mendicité après l'avoir réduit à la déchéance. Le lionceau (Le lionceau et l'enfant) tue sa mère pour venger celle de son camarade que la lionne a dévorée. Diéliman aussi tue sa mère pour sauver sa femme (La sorcière punie). Deux contes (Quels bons camarades! et Les deux intimes) nous montrent des fils aidant leurs camarades à tromper leur père et cela (dans le conte: Quels bons camarades!) avec leur propre mère.
Dans ces derniers contes, la puissance de l'amitié chez les noirs est fortement mise en relief. On pourrait dire que cette parenté d'élection qu'est l'amitié crée souvent des liens beaucoup plus solides que la parenté de sang.—Le titre de frère, donné à un camarade, caractérise l'amitié à son plus haut degré. Cela ne signifie pas cependant qu'entre frères il y ait une affection bien résistante. Le frère est représenté jaloux de son frère (Le joli fils du roi.—Les perfides conseillers). Souvent la soeur aînée abdique d'un coeur léger son rôle de protectrice d'un frère plus jeune (V. La revanche de l'orphelin).—Par contre, je citerai un conte dans lequel un frère montre un dévouement très grand à son cadet (V. L'ancêtre des griots).