Il me reste, pour en finir, à relever quelques indications de psychologie, découlant des récits du présent recueil. Assurément on ne peut conclure de façon ferme que le noir présente les défauts ou possède les qualités qu'il attribue aux héros de ses récits. Cela équivaudrait à juger des Français d'après les oeuvres de Ponson du Terrail ou de Xavier de Montépin et des déductions ainsi basées n'aboutiraient qu'à de grossières erreurs. Ce que l'on peut dire simplement c'est que nous retrouverons dans les contes et fables les tendances idéales et théoriques de la race dont ils émanent.

La geste de S.-G. Diêgui, notamment, nous révèle l'esprit chevaleresque des Torodo et, si l'on peut parfois comparer une période de notre évolution à l'état présent de la civilisation chez telle ou telle race indigène, il n'y aurait aucune audace à admettre des rapports marqués entre la mentalité des Torodo et celle de nos belliqueux ancêtres des premiers temps du Moyen-Age.

De même, les contes gaillards nous confirmeront dans cette idée que la paillardise existe toujours—avouée ou non avouée—au fond du coeur de toutes les races.

Les apologues et les fables sont intéressants en ce que leurs conclusions nous montrent sans équivoque de quelle façon l'indigène comprend l'existence au point de vue pratique.

J'en extrais dès à présent quelques maximes. «Le besoin seul nous apprend la juste valeur de ce qui sert à le satisfaire» (Le choix d'un lanmdo).—«Les chefs s'entendent entre eux comme larrons en foire et toujours les petits seront par eux tenus à l'écart» (Kahué—Le fils du sérigne—Les trois frères en voyage).—«Mieux vaut peu de nourriture et point de soucis que de la nourriture à satiété et des ennuis à l'avenant» (Les trois frères en voyage—Kahué).—«Il ne faut pas se confier aux femmes» (Guéhuel et damel,—Mariage ou célibat?—Le riche et son fils).—«Il n'est personne au monde qui ne trouve plus fort que soi» (Hâbleurs bambara et divers analogues signalés plus haut).—«Chassez le naturel, il revient au galop». (L'hyène et le lièvre aux cabinets,—Chassez le naturel).—«Pour garder son pouvoir, un talisman doit rester caché»[113] (Le koutôrou porte-veine, etc.).—«Il faut se méfier de la bouche, c'est elle qui nous trahit». (V. La tête de mort).—«Un fils adoptif n'a pas pour son père les sentiments d'un fils»—(Guéhuel et damel). «La vérité doit parfois être atténuée ou même cachée» (Hammat et Maudiaye[114]).

Note 113:[ (retour) ] Ce qui peut se traduire symboliquement par ceci: l'homme le mieux armé contre les autres sera le moins expansif.

Note 114:[ (retour) ] V. aussi, L'ami indiscret, Bérenger-Féraud.

On pourrait citer bon nombre d'aphorismes de ce genre, mais je ne prétends pas épuiser le sujet et je m'en tiendrai là.

PSYCHOLOGIE INDIGÈNE.

Pour un lecteur attentif, il ressortira aisément de la lecture des récits de ce recueil une impression, sinon très nette du moins très exacte, de la mentalité des indigènes. Et l'impression ainsi obtenue sera de beaucoup plus instructive que celle que pourraient donner toutes les définitions imaginables.