Ce n'est point le serpent, c'est l'homme[112].
Note 110:[ (retour) ] Voir p. l'homme, Ingratitude, L'hyène machiavélique et, Arcin, L'homme, le caïman et le lapin.
Note 111:[ (retour) ] V. La Fontaine. Fables.
Note 112:[ (retour) ] Si vous n'étiez si ingrats (préambule constant des offres de service). V. Le caïman.
Puisque je suis amené à parler de La Fontaine, je citerai quelques fables de lui auxquelles certains détails des contes et fables indigènes nous font penser: Livre VIII, 3. Le lion, le loup et le renard (Cf. Ingratitude—Le bouc et l'hyène à la pêche). Le chat et les deux moineaux (Cf. Les calaos et les crapauds). Le coq et le renard. Livre II, 15 (Cf. L'hyène et le bouc à la pêche et L'hyène et le pèlerin).
En revanche, on chercherait vainement une fable indigène analogue à La cigale et la fourmi. Les noirs y donneraient délibérément tort à la fourmi, tant ils confondent aisément l'économie et la prévoyance avec l'avarice. (Voir à ce sujet leurs contes sur les avares). De même, ils sont trop vaniteux pour goûter la leçon de la fable «Le renard et le corbeau» et, si vraiment les griots sont pour quelque chose dans la conception des contes et des fables, on comprendra qu'ils ne soient guère disposés à prêcher une morale si contraire à leurs intérêts.
Les animaux ont leur roi comme ceux de notre littérature «fablesque», mais ce n'est pas toujours, le lion. Pour la plupart des races, c'est l'éléphant, la plus robuste, sinon la plus féroce, des bêtes de la brousse; pour d'autres, c'est le lion; pour quelques autres ce sera l'hyène et même... l'araignée. Celle-ci mériterait la royauté par sa rouerie et son intelligence, si on en croit les Agni. Je ne parle que pour mémoire de la royauté du riz, cette royauté étant toute allégorique dans le conte où les animaux la proclament (Choix d'un lanmdo).
CHAPITRE V
DÉDUCTIONS POUR LA COMPRÉHENSION DE LA
PSYCHOLOGIE INDIGÈNE.—CONCLUSION
SOMMAIRE: Révélation par les contes et fables, non de ce que sont les noirs, mais de ce qu'ils rêvent d'être, tant au point, de vue idéal qu'au point de vue pratique.—Quelques aphorismes de morale des apologues.—Psychologie succincte des indigènes.—A) Sentiments: 1° Sentiments affectifs. Sentiments de famille. Conception de la beauté. Instinct sexuel.—2° Sentiments religieux préislamiques. Sociabilité. Solidarité raciale. Esprit d'association. Dévouement au maître. Magnanimité. Reconnaissance. Charité. Humeur hospitalière. Respect de la vieillesse. Sentiments envers les animaux, envers les captifs. Vanité. Sens de l'ordre et de la discipline.—B) Idées; Indifférence pour la vie. Admiration du courage, de la ruse. Considération pour la complaisance, la courtoisie. Indulgence pour la paresse ingénieuse. Mépris de l'envie, de l'avarice, de l'humeur fanfaronne, de la prétention, de l'ivrognerie, de l'intempérance verbale et de l'indiscrétion. Goût pour les paris risqués.—Les hypothèses cosmogoniques, ethniques et zoologiques des noirs.—Conclusion.—But de l'auteur: planter des jalons pour faciliter le travail de ceux qui voudront approfondir une matière digne d'une étude plus poussée que celle-ci.