Comme toutes les dupes, l'hyène, victime du lièvre, n'en a pas moins sans cesse recours à lui et nul autre que lui n'a sa confiance. Veut-elle s'associer à quelqu'un pour une entreprise? C'est au lièvre qu'elle s'adresse et c'est lui qu'elle charge d'en élaborer le plan. Et pourtant ces associations ne lui réussissent guère! (V. Arcin, Le lapin, l'hyène et le somono, etc). Ceci est bien observé. Dans la vie ne voyons-nous pas la dupe aller instinctivement au charlatan, dédaignant l'honnête associé qui ne force pas l'attention par une jactance exubérante ou des dehors artificiels?
L'hyène n'est pas seulement sotte et crédule, elle se signale en toute circonstance par son insigne mauvaise foi, mauvaise foi de brute qui se sait forte et qui n'allègue de prétexte que pour railler celui qu'elle peut écraser s'il ne feint pas de prendre pour argent comptant sa grossière explication. Malgré cela, son machiavélisme rudimentaire se retourne fatalement contre elle sitôt qu'elle a affaire au kékouma.
Quant à son avidité gloutonne, elle la manifeste dans tous les contes (V. notamment Les oeufs de blissiou.—L'hyène, le lièvre et le taureau de guina.—La case de cuivre pâle). Elle ne peut retarder d'un instant l'heure de la bombance et se met l'imagination à la torture pour hâter le départ du lièvre, son guide, vers le lieu du festin.
Comment elle se comporte envers ceux qu'elle appelle ses amis, c'est ce que nous montrent les contes de L'hyène et l'homme son compère.—La famille Diâtrou à la curée. Les avanies qu'elle subit ne l'empêchent pas de rester infatuée d'elle-même au plus haut point. Ses enfants commettent-ils une maladresse? elle est prompte à les renier et à les taxer de bâtardise car quiconque ne lui ressemble pas intellectuellement ne peut être né de ses oeuvres.
Quand au courage, elle montre une prudence excessive qui ressemble à tel point à la couardise qu'il est aisé de la confondre avec ce sentiment. Une plume d'autruche piquée devant l'orifice de son terrier suffit pour la terroriser et la contraindre à subir dans cette retraite les tortures de la faim.
En un mot l'hyène a tous les défauts et pas une qualité.
Ses sobriquets.—L'hyène est un des animaux qui ont le plus de sobriquets: chose ou être de nuit (Souroufin), le puant (Soumango), le bourricot de nuit, le déterreur de cadavres (Soubobâra), Dioudiou, (onomatopée), Diâtrou, Souroukou, Niénemba (le pitre femelle). Le nom de genre est «nama».
Je ne m'arrêterai pas davantage sur les autres animaux qui figurent dans les fables de ce recueil et—en tant que véritables animaux—dans les contes. Bien peu manqueraient à l'appel de ceux qui foisonnent sur la terre d'Afrique. Je ne vois guère que la girafe, le chacal ou le canard dont il ne soit pas parlé dans ceux que je reproduis ici. Ceux qui se représentent le plus souvent sont le boa, le charognard ou vautour d'Afrique, le lion, la chèvre, la mouche, le singe pleureur, le chien, le boeuf, la pintade, l'autruche, la tortue, l'oiseau-trompette, le cheval, le lézard, la panthère.
Je noterai cependant que le chien semble symboliser l'indiscrétion et le bavardage (V. Le chien et caméléon et conte de Delafosse: La mort du chien). Le singe, comme l'homme son semblable, y incarne l'ingratitude (V. le singe ingrat—Le lièvre et les pleureurs). Il représente en outre l'humeur de malfaisance.
J'ai dit que l'homme n'est que rarement présenté à son avantage dans les fables[110] où il est mis en contact avec les animaux[111]. Dans les contes et fables de cette nature, les griefs des animaux contre lui sont énumérés soit de façon acrimonieuse, soit d'une manière plaisante, mais toujours en grande abondance et on est obligé de reconnaître que le portrait est exact et justifie la pointe du fabuliste français que le plus pervers des animaux: